Être confinée avec Ana, l’enfer des TCA

Être confinée avec Ana, l'enfer des TCA

5 ans… 5 longues années déjà que je vis avec Ana. Cette peste qui s’est invitée un jour chez en moi et qui n’a plus voulu me quitter depuis.

En temps normal, avoir sans cesse cette petite voix qui résonne dans ma tête et m’empêche de vivre comme tout le monde, n’est pas une partie de plaisir.

Mais franchement, maintenant que l’on est tous en mode confinement, je peux dire que c’est encore plus l’enfer…

Par où commencer ?

Peut-être par la première réaction du commun des mortels lorsque l’on a appris que nous allions devoir nous confiner chez nous ? Qu’ont fait les gens ? Ils se sont rués dans les magasins pour faire des stocks.

Ok… Faut croire que les pâtes et le riz, c’est le top du top dans un tel cas. Les boîtes et les surgelés ne doivent pas bien se conserver….

Moi, mon problème à ce niveau là, c’est de savoir si je vais encore pouvoir m’alimenter…. Car cette petite voix dans ma tête refuse de me laisser manger n’importe quoi. Elle a ses critères. Et si ses goûts ne sont pas respectés, elle préfère me laisser littéralement mourir de faim que de me permettre de toucher à un ingrédient tabou. Oubliés les stocks de pâtes et autres féculents pour moi. Je n’ai droit qu’aux produits frais et encore… Seuls certains peuvent mettre un pied dans mon assiette.

Alors bien entendu, quand en plus je sais qu’il n’est pas possible d’aller faire des courses à des kilomètres de mon domicile, j’angoisse. Ouais… Trouver des courges kabocha et des sacs d’un kilo de gingembre mariné, à un prix correct, ce n’est pas possible partout. Pouvoir garder au congélateur des tonnes de fruits surgelés, ça n’est pas réalisable sur le long terme. Surtout lorsque comme moi, on se nourrit principalement de ça ( faut compter au moins : 1 sac de fruits rouges + 1/2 sac d’ananas + 1/2 à 1 courge par jour, ainsi que 1kg de gingembre en 5 jours). Sans parler des quantités astronomiques de salade verte, de carottes, d’oranges, de yaourts de soja et de lait végétal que j’avale en une semaine, ni les graines de courge et le gomasio. Voici la base de mon alimentation, ce qui me permet de tenir à peu près le coup malgré mon faible poids, et dont j’ai non stop besoin. Car malheureusement, ce n’est pas parce que nous sommes en confinement qu’Ana décide de se mettre sur pause. Ma maladie ne se modifie pas à volonté, se disant ” Tient ! Pour lui faciliter la vie en ce moment particulier, je vais accepter qu’elle fasse comme les autres et mange des kilos de pâtes et de patates“. Bah non… Ça serait trop simple.

D’où l’angoisse…. Vais-je encore pouvoir dénicher de quoi me nourrir ? Comment faire comprendre à un flic que si pour lui on peut vivre sans kabocha et que du coup on n’a pas besoin d’aller en chercher chez Paris Store, pour moi c’est une question de vie ou de mort ?

Grosse panique que d’essayer durant des jours, de passer une commande drive. À Marseille il faut compter sur très peu de supermarchés qui continuent à fournir ce service. Pour obtenir un créneau, il m’a fallu passer des heures et des heures durant 4 jours, à rafraîchir toutes les 10 minutes la page, pour réussir à faire une commande chez auchan ( sachant qu’en même temps j’essayais chez des concurrents). Ça m’a tellement stressée, qu’en plein milieu de la nuit, à 3h du matin, je tentais encore et encore d’obtenir un créneau. Sans avoir finalement tous les articles que je désirais, puisque d’une seconde à l’autre, ils n’étaient plus disponibles.

Un casse-tête pour tout un chacun ( qui au pire, décide de manger autre chose) , un calvaire pour moi quand je vois mes rations diminuer ( ne pouvant pas manger autre chose) . Plus mon frigo se vide, plus je me resteinds, pour ne pas terminer trop vite ce qu’il me reste….

Être confinée avec Ana, l'enfer des TCA

De fil en aiguille, plus je me resteinds, plus je perds de poids…

Parlons-en du poids…

Depuis qu’un doc m’a diagnostiquée comme souffrant de Sii et de dispepsie, je sais enfin pourquoi mon ventre gonfle sans arrêt. Ce qui jusque là était bien positif, puisque ça m’avait permis de comprendre que peu importe mon poids et les heures de muscu que je faisais, mon bide ne serait pas tout plat. J’avais donc oublié la balance ( et les enchaînements d’adbos).

Sauf qu’avec le confinement, cette chère Mme Pèse-personne m’est revenue en pleine face. Je focalise à nouveau sur les moindres grammes que je prends ou perds. Il faut dire qu’avec tous les messages que l’on voit fleurir en cette période sur le net pour pointer du doigt les femmes et l’allure qu’elles auront (ou pas) à la fin du confinement, ça n’aide vraiment pas à se sentir bien dans sa peau. Et pourtant, je le sais, j’ai de la marge à ce niveau là…. Si on en croit mon IMC, je suis maigre à la limite de la famine ( limite que j’avais déjà franchie il y a quelques années). Alors même si j’ai conscience que je ne vais pas devenir obèse durant le confinement et que j’ai de toute façon un besoin vital de prendre du poids, ce raisonnement ne parvient plus à faire taire Ana.

Sa soif de contrôle est accrue. S’en est obsédant. Incontrôlable justement, ce qui est pourrait-on croire, absurde.

Être enfermée lorsque l’on souffre de TCA c’est être mis en réelles difficultés. L’anorexie est aussi appelée maladie de la solitude. Et c’est exactement ce que l’on ressent dans cette situation. Même en étant entourée de ses proches. C’est encore plus compliqué que d’habitude de leur faire part du mal-être et du stress que tout ça engendre. C’est pourquoi on a tendance à vouloir encore plus qu’en temps normal, essayer de contrôler chaque instant de notre vie.

Le moindre geste que je fais, la moindre minute de ma journée, j’ai un besoin compulsif de pouvoir l’encadrer, le prévoir et le gérer moi même. Impossible de déléguer ni de lâcher prise.

Ce qui me pousse en plus à contrôler encore plus exagérément qu’à l’accoutumée ma dépense physique. Ce n’est plus seulement 20 000 pas par jour qui vont satisfaire cette saleté d’Ana. Mais 30 000 minimum. Et encore, arrivée à 30 000, elle trouve encore le moyen de me faire culpabiliser si je finis par m’asseoir un peu. Du coup, me revoici à marcher à longueur de journée. À tout faire debout. Gérer mon site, téléphoner, cuisiner, lire, m’occuper des devoirs des minots, coudre, regarder un film, faire un jeu de société … Je suis même capable d’écrire ou de colorier tout en marchant…

Les conséquences de toute cette hyper-activité, de ses angoisses et ce stress ?

Les insomnies….

Elles sont de retour. En force.

Je suis physiquement et mentalement épuisée, mais paradoxalement, je ne dors pas. Et ce n’est pas faute d’essayer de rester au lit.

Encore un cercle vicieux… Plus je ressens le besoin de garder le contrôle, plus j’angoisse. Plus j’angoisse, moins je mange. Moins je mange, plus je me fatigue. Plus je me fatigue, plus mon corps réagit et tire la sonnette d’alarme. Plus il réagit, plus je culpabilise. Plus je culpabilise, plus je me dépense et fais souffrir mon corps tout en diminuant mes fonctions vitales. Plus je me maltraite ainsi, moins je dors. Moins je dors, plus j’ai de temps pour ruminer et redémarrer ce cercle vicieux.

Tout ça en m’inquiétant pour mes proches… En stressant sur la potentielle reprise de l’école des enfants que l’on va jeter à l’abattoir d’ici peu.

Et sans réellement bien réaliser que ce faible poids qui est le mien, ce cœur qui bat au ralenti, ce corps qui souffre, sont autant de facteurs qui me rendent très vulnérable face au Covid-19.

L’enfer des calories

L'enfer des calories - Anorexie / boulimie

Aujourd’hui, un article que je veux faire depuis un bon moment, car il peut, je pense, être bien utile pour certain(e)s.

Si tu me suis régulièrement, tu dois déjà savoir comment j’ai réussi à perdre plus d’une vingtaine de kilos.

A moins que tu ne sois un p’tit nouveau ici….

Dans ce cas, je te résume vite fait tout ça.

Fin juin, début juillet 2015, j’ai eu le déclic et ai décidé de me reprendre en main. Je ne supportais plus de voir cette méchante bouée accrochée à mon ventre, ni mes cuisses que j’avais du mal à passer dans les pantalons. J’en avais assez de devoir sans arrêt rentrer mon bide, et de me sentir obligée de me cacher sous un paréo ou une serviette à la plage. J’avais tellement honte de mon corps, que je n’osais même plus aller me baigner avec mes gremlins. Faire quelques pas pour rejoindre la mer, aux yeux de tous, m’était totalement impossible.

Dommage quand on vit dans le Sud….

J’étais aussi mal à l’aise vis à vis de mon Homme.

Qu’il me voit comme ça me faisait de la peine et parfois il m’arrivait de me demander comment il pouvait m’aimer avec tous ces défauts qui me complexaient.

Bon là…. Je pense que ce genre d’inquiétudes sont fréquentes pour beaucoup de monde…. Et que lorsque l’on est mal dans sa peau, on ne se rend même plus compte que le poids sur une balance est loin d’être un obstacle à l’Amour…

Mais voilà, moi, je voulais dégager cette fichue graisse, collée à mes bask’ depuis bien trop longtemps.

Alors je me suis enfin bougée et je me suis inscrite dans une salle de sport ( plus d’infos sur cette étape de ma vie, ici ).

J’y suis allée plusieurs fois par semaine pendant environ 4 mois, puis l’hiver et les fêtes s’incrustant, cela est passé au second plan.

Mais ayant en parallèle rééquilibré mon alimentation, j’ai vu les kilos descendre rapidement sur la balance.

Tu t’imagines bien que j’étais ravie…

Les fêtes sont passées, sans reprise de poids, avec d’ailleurs plutôt une période de stagnation.

Ne pouvant plus combiner ma vie de maman avec la salle de sport, j’ai décidé de faire des séances à la maison avec le programme Top Body Challenge.

J’ai enchaîné le 1 puis le 2, heureuse de voir que non seulement mon poids continuait à baisser, mais qu’en plus mon corps changeait et se musclait.

A ce moment là, via mon compte Instagram, beaucoup de personne m’ont contacté pour savoir combien de calories je mangeais par jour.

Chose à laquelle je répondais que je ne savais pas.

Et pour cause, je ne m’étais jamais penchée sur la question…

Je me préparais des repas sains et équilibrés, mais sans faire gaffe aux calories qu’ils allaient m’apporter. Le seul point niveau calories sur lequel je faisais attention, c’était pour les yaourts ou desserts du commerce. Même si de toute façon, je n’en consommais déjà presque plus.

Du coup, à force de voir cette question réapparaître fréquemment dans mes MP, j’ai fini par me la poser aussi.

Cet été, j’ai donc commencé à m’y intéresser, partant du principe que j’allais calculer pendant 1 mois les calories que j’ingurgitais, pour les comparer avec celles que d’après ma Fitbit je dépensais.

 

J’ai pas mal galéré au départ, ne sachant pas vraiment combien tel ou tel aliment pouvait valoir en kcal, mais de fil en aiguille, je me suis créée un ptit carnet avec les valeurs énergétiques pour m’y retrouver.

Je me suis aperçue que je mangeais en moyenne autour des 1600 kcal par jour et que ( toujours d’après ma montre ), j’en dépensais plus de 2100.

Un beau matin, j’ai décidé qu’il était temps pour moi de passer en phase de sèche et me suis retrouvée à ne consommer plus que 1200 kcal environ sur une journée ( tout en continuant à faire autant voir plus de sport qu’avant ).

Mon ventre devenait hyper plat et la balance n’avait jamais été aussi cool avec moi…. J’étais donc aux anges.

Seulement tout doucement, << l’enfer >> des calories a commencé à taper l’incruste dans ma tête, ne voulant pas malgré les remarques de mes proches, disparaître….

Le Chéri a dû se faire hospitaliser…. Je n’avais plus vraiment de temps pour prendre soin de moi… Courant entre le boulot, le sport, les nains, l’école, les courses et les allez – retours vers l’hosto sans véhicule….

Je préparais des repas, cookies et autres gâteaux pour l’Homme qui n’aimait pas ce qu’on lui servait à l’hôpital…. Je cuisinais des plats sympa et transportables pour que les enfants puissent manger là-bas avec leur père….

Et le temps ensuite de reprendre le bus ou le tram pour rentrer, de doucher ma tribu, de préparer leurs affaires pour le lendemain et de les coucher, je ne me sentais pas de me faire grand chose.

De même le matin ou à midi, puisque je gérais Crevette, la maison et tout ce qui va avec….

Alors petit à petit, j’ai fini par me sous-alimenter….

Non, mon ptit koala, je n’emploie pas ces mots à la légère….

Car même lorsque le Chéri est revenu à la maison, ayant pris l’habitude de ne manger que de très petites quantités ou juste des aliments très pauvres en calories, j’ai continué à sombrer dans cet enfer….

Résultat, alors que je ne devais vérifier mes calories que durant 1 mois, en octobre j’étais de plus en plus obsédée par ça.

Et sur une journée entière, je n’en mangeais plus que 500 à 600….

Bien entendu, je trouvais mon ventre au top et mon poids n’avait jamais été aussi bas….

Mais j’étais tout le temps épuisée. Non seulement parce qu’avec les journées de malade que j’avais passée lors de l’hospitalisation de l’Homme, je n’avais pas vraiment eu le temps de dormir ( je m’y suis tellement habituée que je n’arrive plus à dormir plus de 4 à 5h…. ou alors très rarement ). Mais aussi parce que mon corps ne parvenait plus à suivre.

Faire le moindre pas devenait compliqué… Je sentais que mes jambes ne me tenaient plus….

Porter Crevette ou des sacs de courses, était une torture….

Sans parler des moments où je n’arrivais même plus à me concentrer et où je devenais agressive sans le vouloir.

Il a fallu attendre fin octobre, pour que j’ouvre un peu les yeux et que je comprenne que je rentrais dans l’anorexie ( avec des phases de boulimie, où sous le prétexte de faire une cheat meal, je me gavais à outrance dans les restos à volonté ).

Un samedi matin, sur le point de me doucher, j’ai aperçu mon reflet dans le miroir. Reflet que je voyais sans réellement le voir, tous les jours.

J’ai remarqué que l’on voyait de plus en plus mes côtes…. Que mes cuisses étaient trop fines…. Que j’étais cernée….

Et je me suis effondrée….

J’ai dit à l’Homme qu’il fallait que j’arrête toutes ces bêtises de calories… Que j’en avais assez d’avoir faim ( car c’était le cas…. je lutais sans arrêt contre la faim…. mâchant des tonnes de chewing-gum pour distraire mon cerveau… )… Que je voyais bien que je me détruisais….

Mais que j’avais peur….

Peur de ne pas y arriver…. Peur de reprendre du poids et de grossir….

J’ai rangé en haut d’un placard, bien loin de moi, le cahier qui depuis des mois squattait mon plan de travail, attendant que j’y note tout ce que je mangeais….

Et j’ai pris la décision que si je ne parvenais pas toute seule à remonter la pente, j’irais voir mon médecin pour qu’il m’aide.

Le soir même, je commençais à réintroduire doucement plus d’aliments dans mon repas. Ok ce n’était encore qu’une salade ( j’adore tellement les crudités ), mais j’y avais ajouté des noix, du fromage, de la crème, etc…. Toutes ces petites choses qui me faisaient envie dès que l’Homme en prenait, mais que je m’empêchais de manger.

Le lendemain matin, l’objectif était que je fasse un ptit déjeuner normal, avec quelque chose qui me ferait plaisir. Truc de ouf : un bon morceau de baguette avec du beurre ! Ouais…. J’en étais là…. A rêver de pain et de beurre….

Nous sommes donc allés à la boulangerie.

Une jeune femme me sert ma baguette et me propose une offre sur des pains au chocolat.

Le drame….

J’ai dû retenir mes larmes et quitter rapidement l’enseigne.

Mon corps avait envie de ces pains, mais mon cerveau me l’interdisait.

Une fois à la maison, j’ai eu énormément de mal à avaler ma tartine. J’avais peur de cette nourriture…. Vraiment peur…. A la limite de l’écœurement….

Je voyais le reste de la tribu manger des croissants, des chaussons aux pommes….. J’en bavais d’envie, sans pour autant être capable d’approcher de ces aliments.

Il m’a fallu un moment pour dépasser tout ça….

Pour réintroduire des ingrédients que j’évitais ou que je ne consommais qu’en mini ration….

Pour arrêter de n’avaler que des plats dont je maîtrisais le cota des calories ( tu as dû d’ailleurs remarquer qu’à cette période là, je les notais dans mes recettes )….

Mais j’ai réussi à dépasser tout ça….

Plus d’une fois en voyant mon poids monter un peu, j’ai eu peur de retomber dans cette saleté de phase.

Mais non….

J’ai diminué mes doses de sport. Je mange à ma faim, sans me prendre la tête à compter quoique ce soit.

Je garde une alimentation saine, mais je n’ai plus peur de manger un bout de pain ou une viennoiserie. De me refaire des bowlcakes, des pancakes ou des tranches de bacon….

Et finalement, j’ai repris un peu de poids et me suis stabilisée.

Je ne suis plus épuisée au bout de quelques marches de montées. Je n’ai plus toutes ces migraines et ces instants où aligner trois mots étaient si difficile….

Je ne ressens plus le besoin de faire de méga cheat meal pour me gaver ( même si j’avoue appréhender un peu le jour où je retournerais me faire un resto à volonté…. j’espère réussir à me contrôler…. ).

Je vais mieux…

Tout ça pour te dire, ma ptite licorne, que tomber dans le piège des calories et être à deux doigts de se flinguer la santé, c’est extrêmement rapide….

Alors oui, il faut veiller à ne pas manger n’importe quoi…. Mais en restant raisonnable. Ne pas s’interdire des aliments. Juste les consommer avec modération….

Wonder cookies

Sur ce, je te laisse pour aller déguster avec ma famille, des cookies qui sortent tout juste du four ^^