Anorexie, pourquoi en parler

Anorexie, pourquoi en parler

 

Dernièrement j’ai été très touchée d’apprendre qu’à force de lire mes posts, de suivre mon compte, une jeune femme s’était aperçue qu’elle aussi souffrait de TCA.

Comme moi, elle n’avait pas écouté ce que lui disaient ses proches, son entourage et elle avait nié pendant un moment l’état dans lequel elle avait doucement plongée.

Savoir que désormais, elle a mis le doigt sur ce problème et qu’elle va pouvoir tout faire pour reprendre sa vie en main et lutter, me donne le sourire.

Bien évidemment je ne suis pas heureuse de savoir qu’elle aussi, malheureusement est atteinte du même trouble que moi. Je ne souhaiterais pas cela à mon pire ennemi. Je suis tout simplement contente de savoir qu’elle va pouvoir se reconstruire et éviter de descendre plus bas dans cet enfer.

C’est exactement pour cette raison, que j’ai décidé de parler à cœur ouvert de ma maladie, de mon état, des moments où je vais bien, mais aussi de ceux où je vais mal… De tout ce qui fait qu’il ne faut surtout pas finir dans l’anorexie.

Au départ je me disais qu’il valait mieux cacher cette partie de moi. Faire semblant… Sourire à longueur de temps et ne publier sur Instagram que les bons jours, que des photos enjouées…

Mais dans quel intérêt ? Pour me cacher ? Pour me préserver ? Par peur du regard des autres, des critiques, de ce que l’on va penser de moi… Mais n’est-ce pas déjà ce regard des autres, cette crainte du monde extérieur, de ne pas plaire, de ne pas rentrer dans le moule qui m’a fait tomber aussi bas ?

Parce que j’avais honte ?

Oh oui j’ai honte, tellement honte… Honte de moi quand je bloque dans un magasin, dans une boulangerie, dans n’importe quel rayon alimentaire… Au restaurant parce que je mets des heures à choisir ce que je vais peut-être réussir à manger… Lorsque je vois ma famille attendre que je finisse par me décider…

Mais aujourd’hui je suis fière, fière de de savoir que cette jeune femme, un peu grâce à mon vécu que je partage, va retrouver une vie plus normale.

 

Anorexie, pourquoi en parler

 

On ne devrait pas avoir à cacher sa maladie. Si les gens autour de nous étaient mieux informés, ils pourraient peut-être plus facilement nous comprendre ou du moins anticiper nos réactions, et notre comportement. A chaque fois que je vais dans un restau ( ce qui est très rare ) je me souviens de ce couple qui un jour, dans un Buffalo Grill où tout était allé de travers, m’avait dit << On ne va pas au restaurant quand on est malade, on reste chez soi >>. Belle mentalité…. Combien de personnes devraient alors se morfondre chez elles?

La société aime coller des étiquettes. Elle aime classer les gens. Du coup on imagine que les anorexiques sont principalement des jeunes filles, des ados, mal dans leur peau à cause de la puberté. Que forcément elles sont extrêmement maigres et se font vomir régulièrement. On a beaucoup plus de mal à imaginer qu’un homme ou même une mère de famille puisse être atteint de ce trouble.

Le pire c’est que l’on ne voit pas tout ce que cela entraîne, toutes les autres maladies liées à l’anorexie. Comme par exemple l’orthorexie qui oblige la personne qui en souffre à tout contrôler, à ne manger que des aliments jugés extrêmement sains et à se dépenser physiquement à chaque bouchée avalée. Ou encore la potomanie dans laquelle on tombe doucement à force de boire des litres d’eau ou de thé pour contrer sa faim. Une autre astuce souvent mise en place pour duper son estomac étant le masticage de chewing-gum, qui nous faisant avaler de l’air, gonfle ensuite l’estomac et renvoie à nouveau une image déformée qui n’aidera pas les anorexiques. Un cercle vicieux.

Sans oublier l’ostéoporose, les jambes si douloureuses, le corps si fragile… L’insomnie… La fatigue… Le cerveau qui se met au ralenti et nous empêche de nous concentrer sur quelque chose ( adieu cinéma, livres, coloriage). Le cœur qui déraille… Les cheveux que l’on perd par poignée et les ongles qui se cassent tout le temps… Les hormones complètement détraquées…

Le moindre acte est très compliqué pour les anorexiques. Il faut tout anticiper et si un imprévu arrive cela peut être la catastrophe. Un mini changement dans le planning et ça peut finir en drame, plongeant la personne dans la dépression.

Du coup on s’éloigne des autres et on finit par être seul. On ne veut pas imposer tout cela à ses amis. On préfère ne pas leur compliquer la vie.

Dernièrement je suis partie en weekend avec ma famille dans un petit village totalement perdu, à l’écart de tout. Il a fallu faire une heure de route pour trouver un petit magasin de proximité. Mais une fois sur place, grosse panique pour moi car il n’y avait absolument pas de produits frais, ni légumes, ni fruits. Comme je ne mange presque que ça, je me suis retrouvée dans un sale état à errer de rayon en rayon, en essayant de trouver comment j’allais pouvoir m’alimenter. J’étais à deux doigts de m’effondrer, ce que finalement j’ai fait une fois rentrés dans la maison que nous louions.

Personne ne peut s’imaginer à quel point le quotidien peu vite devenir pesant dans de telles situations. Pour soi, comme pour les autres.

Voilà pourquoi je tiens tellement à ne pas camoufler les mauvais côtés de ma vie. Je veux que l’on sache ce qui se cache derrière l’anorexie. Je veux que l’on arrête de croire qu’il ne s’agit que de nourriture. Qu’en dehors du blocage devant l’assiette, il y a tout un monde.

 

Anorexie, pourquoi en parler

Je suis donc très heureuse de pouvoir bientôt aider l’association Keys, créée par Alexia Savey, lors d’un parcours d’éclosion qui aura lieu à Marseille en 2019 et qui aura pour but d’offrir une journée merveilleuse à des jeunes femmes qui ont besoin de soutien.

Informations sur l’association Keys

Qu’est-ce que le Parcours d’éclosion?

 

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Quasimodo, mon ami

 

Quasimodo, mon ami

 

Une sale journée…. A nouveau….

Une journée << shopping >> qui s’est transformée en supplice… En calvaire… En enfer….

Quand j’entends les gens dans les boutiques, se plaindre qu’il n’y a ait encore que des petites tailles, je ne peux m’empêcher intérieurement de rire. Moi aussi, il y a peu je réagissais de la même façon…. Moi aussi je pestais sur ces fichues tailles S ou 38 qui se répandaient dans les rayons. Seulement maintenant, je connais l’envers du décor…. Je sais ce que cachent ces lettres et ces chiffres….

En effet, je dois reconnaître qu’il est plus sympa de faire les magasins, lorsque l’on sait que l’on va facilement rentrer dans les fringues. Que l’on aura pas besoin de tester 3 tailles différentes avant de trouver le pantalon qui nous convienne.

 

Quasimodo, mon ami

 

Et pourtant….

Si notre société nous donne l’impression qu’il est plus gratifiant de se pointer aux cabines d’essayage avec une robe en XS ( taille finalement pas si simple que ça à dénicher, je peux te l’assurer ), faire de même avec un soutiens-gorge est une véritable honte et un énorme défis.

Devoir interpeller une vendeuse pour savoir si elle a du bonnet A est une pure humiliation. En être à se dire que bientôt ta propre môme aura plus de poitrine que toi est une torture….

Alors imagine ce qu’à pu être cette journée que je viens de vivre, à tenter désespérément de trouver un maillot de bain pour notre futur voyage….

Ma maladie m’a tout pris…. Rayant de mon corps non seulement les kilos en trop et ceux vitaux, mais aussi mes seins et mes fesses. Détruisant toute part de féminité….

Pourtant, m’étant rendue compte à temps de la situation dans laquelle je suis, à savoir l’anorexie, je ne suis pas descendue assez bas pour que les gens prennent réellement mon cas au sérieux.

Je ne suis pas le stéréotype que l’on imagine de l’anorexique basique. Non…. Je ne fais pas 36kg, je n’ai pas le visage et le corps trop squelettique, et je n’ai pas d’immenses cernes….. Car soyons honnêtes, voilà le portrait que tout un chacun se fait d’une anorexique.

D’ailleurs quand il m’est arrivé de dévoiler mon problème à quelques personnes, bien souvent on m’a répondu << Ah bon? Ca ne se voit pas pourtant! >>.

Bah ouais…. Mais peut être est-ce parce que je sais cacher mon corps ou le mettre un peu en valeur. Que j’ai pris l’habitude de choisir mes tenues soigneusement, en fonction du lieu et du contexte dans lequel je vais me retrouver. Sachant qu’avec telle personne je me sentirais plus à l’aise de me dévoiler légèrement….

 

Quasimodo, mon ami

 

La semaine dernière, je devais passer un examen avec un chirurgien, suite aux nombreux problèmes que me causent mes jambes. Ces jambes dont les chevilles n’arrivent même plus à porter mes chaussures au point de me donner la sensation qu’elles sont en plomb…. Bref… Ce cher homme, m’a demandé pourquoi je venais le consulter. En lui tendant la lettre rédigée par mon généraliste ( qui m’avait recommandé ce dernier ), je lui explique mes TCA et le fait que l’on vient de me diagnostiquer de l’ostéoporose. Ouais…. 32 ans et me voici déjà avec cette pathologie de vieux….

Sa réaction ne s’est pas faite attendre : << Vous? Anorexique? Pourtant vous êtes très bien! >>.

Cette simple phrase pourrait surement être un compliment pour n’importe qui de << normale >>. Seulement dite à quelqu’un qui cohabite avec Ana, c’est juste destructeur. Dans un premier temps, je n’ai pas réagi. N’étant plus dans le déni, je pensais que ces mots n’allaient pas me toucher. Qu’ils glisseraient. Mais une semaine après, je me rends compte qu’ils sont toujours dans ma tête et qu’ils vont y rester un bon moment.

Car de telles paroles me font culpabiliser. J’ai l’impression que l’on doit se dire que j’affabule…. Que je n’ai rien… Que je fais un petit caprice pour que l’on me regarde, alors que je pourrais manger normalement sans souci… Que je tente de prendre la place d’une << véritable >> anorexique, comme on prendrait la place de stationnement d’un handicapé sans en avoir le droit.

Même culpabilité lorsque, partant d’une bonne intention, lors d’un repas, on me sort << Tu as bien mangé ! >>. Je sais que ce n’est pas méchant, et qu’au contraire ces mots sont positifs et plein d’encouragements…. Sauf que dans mon esprit, ils se transforment en << Tu as trop mangé ! >>. Stupide hein! Mais que veux-tu, la Peste me fait réagir bêtement. Ces quelques mots me donnent eux aussi le sentiment d’être dans l’imposture… Une pâle copie d’une vraie malade… Car bien souvent, les gens qui me disent ça ne me voient que dans un bon jour, où j’ai prévu d’aller manger avec eux…. Mais ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’il m’a fallu des jours voire des semaines de préparation pour anticiper cet instant hors de ma zone de confort. Ils ne savent pas que je me suis privée sur plusieurs repas. Ni que oui, je vais réussir lors de cette sortie à manger un peu plus que d’habitude, mais que le ou les repas suivants, je vais me restreindre encore plus. Ou fut une époque, compenser physiquement ( 4 mois et 3 semaines aujourd’hui que j’ai dit adieu à ma fitbit ! ).

Donc non, désolée…. Je n’ai pas bien mangé…. J’ai juste pour une fois, nourri un peu plus mon corps, passant du stade d’absorption minimale d’aliments pour survivre à une quantité d’une personne au régime….

Ces personnes ne savent pas que j’ai tellement honte et peur de retourner me resservir une deuxième, troisième ou quatrième fois. Que lorsque elles, décident de ne plus rien avaler, moi j’angoisse et me bloque pour ne pas reprendre quoique ce soit, car je me dis que si elles n’ont plus faim, ce doit être pareil pour moi. Sauf que là, encore, tout est différent…. Toi, vous, eux… Avez pu manger de tout, y compris des aliments qui tiennent au corps et donnent de l’énergie. Moi, je me suis servie 3 ou 4 fois des crudités…. Un peu de protéines peut être…. Mais c’est tout…. Alors bien entendu, après mes 3 cuillères à soupe de tomates, mes 6 radis et la cuillère à café de houmous, mon estomac réclame plus…. Toujours plus…. Mais moi, je continue à le faire passer en mode survie….

Je ne l’écoute pas…. Trop de culpabilité…. Trop de honte…. Trop de remise en question…. << Elle?! Anorexique?! Mais elle se fiche de nous! Regarde combien d’assiettes elle a englouti! Ce n’est qu’une menteuse…. Elle se joue de nous….>>

 

Quasimodo, mon ami

 

Seulement aujourd’hui, face à mon reflet dans le miroir des cabines d’essayage, j’ai craqué….. J’ai fondu en larmes….

Les paroles d’une des chansons du Bossu de Notre Dame, de Disney, me sont revenues en tête…. Tu es difforme…. Je suis difforme…. Et tu es très laid….. Et je suis très laid…. Ce sont des crimes aux yeux des Hommes qui sont sans pitié….

Car oui… Je suis difforme…. A tel point qu’il m’a été impossible d’acheter un maillot. Impossible d’envisager pouvoir me montrer comme ça à la plage…. Mon reflet m’a renvoyé en pleine figure ce dos où ma colonne est si marquée que depuis plusieurs mois j’appelle ça << mon dos de dinosaure >>… ( Les enfants regardez! Maman est devenue un stégosaure ! Elle est pote avec Denver ! )…. Cette poitrine qui n’existe plus que dans mes souvenirs et qui a laissé place à deux morceaux de peau qui pendouillent, au dessus desquels ont peut admirer ma clavicule et les os de mon thorax…. Ces fesses flasques, qui font des plis….

Mais le pire, je crois….

C’est ce ventre…. Cet saleté de ventre, qui au lieu d’être plat ou creusé, comme on l’imagine chez une anorexique, est si gonflé que l’on pourrait croire que je suis enceinte…. Pas de poitrine et un ventre proéminent, voici le combo parfait pour vouloir abandonner ses recherches et foncer se cacher sous un gros pull….

Pourtant je sais bien que ce ventre est comme ça, à cause de la rétention d’eau. Que mon corps pour survivre, a pris l’habitude de digérer plus lentement de façon a puiser au maximum l’énergie des aliments que j’avale. Que du coup après chaque repas, il se gonfle, mais finira par se calmer… Je sais tout ça. Sauf que dans ces moments là, je rêve de pouvoir le faire éclater avec une aiguille, comme un ballon de baudruche…

Et mon reflet, lui, il ne le sait pas…. Tout comme les gens, qui profiteront du soleil à la plage, ne le savent pas non plus….

Quasimodo, mon ami

 

J’en viens donc parfois à me dire que si je n’avais pas pris conscience de mon état aussi tôt, que j’étais descendue plus bas, on prendrait peut être mon cas plus au sérieux…. On ne remettrait pas en cause les symptômes que je décris, ni les douleurs que je subis toute la journée, du matin au soir….

Pourtant ce n’est pas une solution…. Je veux retrouver mon corps…. Le ré-apprivoiser…. Ne plus me cacher…. Ne plus avoir honte…. Ne plus dissimuler mon horrible dos à mon époux et à mes enfants, car je crains de les effrayer…. Car j’ai peur de lire du dégoût dans leurs regards…. Je veux revivre…. Je veux vivre….

 

Quasimodo, mon ami

 

Ces jours où…

Ces jours où...

L’anorexie, c’est se retrouver avec des hormones totalement détraquées. Des hormones qui oublient que vous êtes une femme et décident qu’il est grand temps pour elles de se la jouer solo, faisant disparaître certains éléments de votre cycle…

Pourtant, même si l’idée de ne plus avoir de règles sans être en pleine grossesse, peut avoir de quoi se réjouir et un sacré côté pratique, d’autres symptômes peuvent venir tout gâcher. Ils mettent même en danger la victime de cette peste d’Ana.

Ces jours où…

Ces jours où même si je sais que je ne suis pas énorme, comme se l’efforce de me le faire croire cette fichue diablesse, je me prends tout de même pour la réincarnation de Moby Dick…
Ces jours où mon ventre reste gonflé quoique je fasse et quoique je mange ( ou ne mange pas)…
Ces jours où je ne parviens même pas à le rentrer et où du coup je ne vois plus que lui…
Ces jours où il est si dur qu’il en devient douloureux, au point de m’empêcher de me pencher…

Ces jours là, les petites victoires que je venais d’obtenir dans ma lutte face à ma maladie, s’estompent et s’éloignent dangereusement. Mon cerveau a beau savoir que cette situation va passer, la petite voix, elle, fait tout son possible pour me faire croire que mon combat ne sert à rien. Que mon corps est difforme, obèse, immonde…

Je sais très bien que tout ça n’est que mensonge… Mes ces jours là, mon moral en prend un coup et ma raison aussi…

J’en reviens au point de départ, réduisant les quantités de ce que j’ingère… Évitant de plus belle certains aliments, tout particulièrement ceux que je venais tout juste de réintroduire… Ayant envie de me cacher sous de gros pulls, alors que la veille je me sentais si bien dans ma petite robe…

Ces jours là, ma tête est comme déconnectée. Elle laisse carte blanche à ces saletés d’hormones qui font n’importe quoi.
Et celles-ci s’en donnent à cœur joie. Plus de règles, mais de la fièvre, des nuits d’insomnie, de l’acné comme si j’étais à nouveau une ado, de la rétention d’eau en pagaille, un corps si douloureux que toute position est une torture.

Ces jours là, j’en ai tellement marre d’être moi…

J’étais tellement mieux sans elle

 

J'étais tellement mieux sans elle

 

Elle est entrée dans ma vie sans que je ne le veuille…. Sans même me prévenir… Sans me laisser une chance de lui claquer la porte au nez….

Elle, c’est Ana.

Une petite peste qui se cache désormais dans ma tête et ne veut plus me quitter. Pourtant ce n’est pas faute d’essayer de lui faire comprendre que je suis bien mieux lorsqu’elle me fiche la paix. Mais elle a décidé de rester là, de s’incruster pour un bon moment et de ne pas m’abandonner aussi facilement.

Vivre avec cette colocataire est un véritable enfer. C’est comme avoir un petit démon enfermé dans mon crâne, qui joue avec moi comme avec une marionnette. Je suis son pantin… La majeure partie du temps, elle tire les ficelles de ma vie, et décide pour moi. Sachant très bien qu’elle me fait souffrir. Que ses choix ne sont pas les bons et qu’ils risquent de m’être fatals si je ne parviens pas à lui résister.

Avant de la rencontrer, j’étais certaine que je ne pourrais m’aimer qu’une fois que j’aurais perdu pas mal de kilos. Je rêvais d’une silhouette fine, genre mannequin au ventre extra plat, que l’on peut voir dans tous les magazines, sur les affiches un peu partout dans la ville, ou à la télé. Je me sentais mal dans ma peau, avec mon bidon gonflé, mes cuisses qui se touchaient et mes bras trop potelés.

Alors j’ai fini par me dire qu’il fallait que je me bouge. Que je devais changer. Et je me suis inscrite dans une salle de sport.

J’y passais un max de temps, à dégouliner sur le tapis de course, à regarder un film pour oublier que je pédalais depuis des plombes, à m’acharner sur les différentes machines disponibles…. J’y prenais goût. Et pour cause, mes efforts payaient ! La balance devenait doucement une bonne copine, que je n’avais plus peur de croiser.

J’écoutais les conseils des autres membres de la salle, qui m’expliquaient comment m’alimenter…. Que je ne devais surtout plus manger de fruits le soir, ni de féculents…. Que la viande rouge était mauvaise pour ma perte de poids…. Qu’il fallait que j’avale de la whey et des pots entiers de fromage blanc…. Que même une salade pouvait détruire tout ce que je faisais, à cause de la vinaigrette qu’elle contient.

Bref….

Tous ces ptits tuyaux se sont gravés en moi, me marquant à jamais…

Une invitation pour Ana…

Ce sont les questions que j’ai pu recevoir sur instagram par la suite, qui m’ont plongé plus loin dans les ténèbres de cette maladie. L’une d’elle revenant en boucle : combien de calories manges-tu par jour?

Je n’en savais rien…

Mais à force que l’on m’en parle, je me suis posé la même question…. J’ai donc commencé à peser tout ce que j’avalais, notant tout au gramme près, même la moindre olive, pour faire la chasse aux calories. Ca ne devait durer qu’un mois. Un tout petit mois. Juste le temps de me faire une idée.

Ana naissant doucement, lorsque le mois toucha à sa fin, cette petite peste m’a soufflé à l’oreille qu’il pourrait être sympa de continuer sur ma lancée. Après tout, grâce à mes calculs de mathématicienne, j’arrivais à bien plus brûler de calories que ce que j’en consommais. Parfait pour ma pote la balance.

Un peu après, le Chéri a dû se faire hospitaliser. Je me retrouvais donc seule à gérer la maison, les gremlins, leurs devoirs, mon travail, mon blog, le sport et mon auto entreprise de l’époque. Je courrais tout le temps, préparant les repas des enfants pour qu’ils puissent manger avec lui à l’hosto, mais aussi ceux de l’Homme qui n’aimait pas ce qu’on lui servait là bas, ainsi que quelques douceurs pour son collègue de chambre.

Nous devions prendre un bus et un tram, pour faire nos allez – retours entre l’hôpital et la maison, ce qui nous faisait rentrer tout juste pour que les nains puissent se doucher et foncer se coucher. Ne me restait plus qu’à faire la vaisselle et sauter à mon tour dans la baignoire.

Ana en a donc profité pour me faire oublier ma faim…

J’étais bien trop fatiguée pour me mettre en cuisine pour moi même…. Je terminais tout ce que j’avais à faire vers 1 ou 2h du matin, ce qui me poussait à n’avaler que quelques bouchées de pas grand chose, pour finir par me mettre au lit. Il m’arrivait même de ne rien manger du tout, préférant refaire une séance de sport plutôt que de perdre mon temps à m’alimenter.

La peste avait bien fait les choses. Elle avait déposé ses valises et commencé à virer mes affaires de ma tête pour les remplacer par les siennes.

Moi, je ne m’en rendais pas compte….

Je ne dormais plus que 4 à 5h, j’absorbais le minimum vital, je bougeais bien trop, mais je me sentais bien. Trop bien. Si forte de réussir à tout contrôler de la sorte… De pouvoir contrôler mon corps, en zappant les cris de mon estomac et en poussant de plus en plus mes limites, au point que la balance s’emballait… Les chiffres diminuaient si vite… Et moi j’étais si fière….

Merci Ana…. Merci petit démon….

Grâce à elle, je ne suis plus normale…. Je ne vis plus…. Je survis….

Elle m’a plongée dans le sombre monde d’Hadès et j’ai beau lutté de toutes mes forces, je n’arrive pas à m’en échapper.

Parfois je pense avoir pris le dessus. Avoir réussi à reprendre les rênes de mon existence. Mais ce n’est qu’illusion… Elle revient de plus belle me gâcher la vie, m’imposant ses raisonnements sans queue ni tête… Me torturant un peu plus chaque fois….

Le plus dur dans tout ça, c’est de se sentir seule…. Seule dans ce combat que je dois mener jour après jour, heure après heure, minute après minute…. Car personne ne peut comprendre ce que je subis…. J’ai beau tenter de l’expliquer, les gens ne peuvent pas comprendre….

Comment le pourraient-ils?

Moi même je sais parfaitement que mes actes sont absurdes… Que tout cela n’est pas normal…. Que j’ai un problème….

Je n’arrive pas à manger << correctement >> si mon entourage ne mange pas en même temps que moi…. Si je dois manger seule, je ne vais avaler qu’une pomme ou un yaourt…. J’ai une peur panique face aux féculents et légumineuses, à tel point que je peux en avoir la nausée…. J’angoisse si je ne mange pas à heures à peut près fixes…. Et si j’ai dépassé ces horaires, je vais m’empêcher d’avaler quoique ce soit hormis du thé, même si j’ai faim… Je ne consomme presque plus de produits du commerce. Je fais tout moi même…. Je galère du coup à trouver ce que je pourrais manger dans un restaurant ou chez des amis…. Et j’en passe….

Tous ces TCA me collent à la peau et ne me quitteront surement plus jamais…. Même si je parviens un jour à virer Ana, je sais qu’elle me laissera en cadeaux des séquelles….

Mais je me bats tout même contre elle. Je lutte. Je vais de mini victoire en mini victoire. Chaque micro pas en avant est important.

D’ailleurs, depuis plus d’un mois, j’ai réussi à abandonner ma montre connectée et à largement diminuer mon activité physique. Terminé mon obsession des kilomètres parcourus dans une journée. Ne plus me forcer à réaliser tel nombre de pas par jour est un immense soulagement. J’ai plus de temps pour moi et je dors plus puisque je ne me lève plus des heures avant la tribu pour m’activer pendant qu’ils pioncent encore. Le revert de la médaille, c’est que désormais mes jambes me portent à peine. Elles sont sans cesse douloureuses et j’ai bien du mal à marcher. Mais je fais avec…. Ou plutôt sans….

Ca reviendra à la normale un jour…. J’espère….

En attendant, je me bats contre Ana… Ma coloc…. Ma peste…. Mon démon…. Ma maladie…. L’anorexie….

Mi ange Mi démon

Mi ange mi démon / AnorexieJe n’ai pas toujours été comme ça…

C’est elle qui m’a changé.

Elle s’est infiltrée en moi sans mon consentement… Devenant cette petite voix tordue qui ne me laisse pas ou peu de répit.

Grillant mes neurones les uns après les autres, à tel point que bien souvent  je ne sais plus ce que je fais. Me voici face au frigo sans savoir ce que j’y cherche. Je commence une phrase qui n’aura jamais de fin car j’ai déjà oublié ce que je voulais dire. Je n’arrive plus à me concentrer sur quoique ce soit.

M’obligeant à agir d’une façon qui ne me convient pas. À me dépenser toujours plus, même lorsque je suis à bout. À céder à des pulsions.

Car oui… C’est ça l’anorexie mentale. Un insecte vicieux qui se faufile par une oreille jusqu’à ton cerveau, pour ensuite te contraindre à obéir à des pulsions perverses et dangereuses.

Ce n’est pas par plaisir que je m’active toute la journée, jusqu’à en pleurer de douleur.

Ce n’est pas par caprice que je reste figée devant mon assiette sans pouvoir la terminer. Ou que je tremble rien qu’en  tenant certains aliments que j’aimerai réintroduire. Que je redoute de sortir manger au restaurant ou même chez des amis.

C’est à cause d’elle. De lui.

De ce démon qui me souffle des pensées stupides donnant lieu à un comportement anormal. Qui me transforme autant physiquement que mentalement.

Qui me fait dire désormais ” Je ne suis pas normale“…

Pourtant, la voix de la raison est bien là. Mon ptit ange perché sur mon épaule s’accroche. Il lutte contre Ana. Il me fait signe quand je me trompe, quand je bascule du mauvais côté.

J’arrive encore de temps en temps à faire la part des choses. Je me rends bien compte que manger 20g de pâtes ce n’est rien comparé aux grosses assiettes que je pouvais ingurgiter avant. Que si j’ai encore faim alors que le reste de la famille est calée et n’a pas besoin de se resservir, c’est tout simplement parce que nous n’avons absolument pas mangé la même chose ( une salade ne valant pas grand chose face à un tas de frites ou de riz).

Je le sais tout ça.

Mais ce démon m’abrutit en me répétant que j’ai tort. Que c’est mal. Que je n’ai pas l’autorisation de goûter à ce morceau de pain qui sent si bon. Ni même de regarder cette crème dessert qui me fait tant envie.

Et bien souvent, voir même tout le temps, mon ange gardien perd la partie contre ce démon qui ne lâche rien.

Mon poids du coup continue à diminuer comme pour devenir aussi léger qu’une plume, pour pouvoir s’envoler loin de moi… Loin de ce corps qui ne ressemble plus à grand chose… Ce corps que je cache car il me fait honte…

Il est si simple de penser qu’il me suffirait de décider de manger pour que tout rentre dans l’ordre. C’est vrai quoi… Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt… Suis-je si bête pour ne pas avoir trouvé la solution toute seule…

Allez…

Aujourd’hui c’est décidé, j’arrête mon caprice et je mange tout ce qui me tombe sous la main… Chocapics, kinders, raclette, pizza, chips, pain…. Rien de bien compliqué… Il suffit que j’avale tout ça pour aller mieux…

A moins qu’en y réfléchissant un peu plus, qu’en regardant de plus près mon démon, on ne comprenne qu’une maladie est tapie dans l’ombre. Que ce comportement qui n’a rien de normal n’est pas un petit jeu qui m’amuse, mais bien une contrainte que je subis et qui me gâche la vie, m’obligeant à me faire soigner.

Une maladie qui ne touche pas qu’à mon alimentation mais aussi à mon corps qui s’efface, à mes os qui souffrent, à mes cheveux qui tombent par poignées…

J’ai de plus en plus de cernes à force de dormir de moins en moins… J’ai des hématomes à chaque légère bousculade dans un rayon de supermarché, ou rien qu’en laissant mes genoux se coller l’un à l’autre lorsque  je serre les jambes…

Je finis en larmes rien quand regardant des prospectus de pub, bavant devant toutes ces merveilles qui me sont refusées.

Mais aussi parce que j’ai mal, si mal d’avoir autant bougé dans ma journée. Parfois, de plus en plus, il m’arrive d’être quasiment incapable de faire un pas de plus. Mes chaussures ont l’air d’être en plomb et mes chevilles ne parviennent plus à les soulever. Sans parler de mon sac à main qui d’un coup semble contenir toute une bibliothèque.

Mais hors de question de laisser tomber. Hors de question de me reposer. Ana, ce démon cruel, n’en a pas fini avec moi. Il ne me lâchera qu’une fois qu’il aura totalement gagné… Qu’il aura eu ma peau…

Du coup je tente de me battre…  De survivre…

 

Ana, ma coloc qui me pourrit la vie

Ana, ma coloc qui me pourrit la vie

 

2 ans maintenant que j’ai franchi le seuil de la salle de sport…

2 ans que je me suis décidée à perdre du poids…

2 ans que j’ai appris à rééquilibrer mon alimentation…

Je les ai bien dégommés ces foutus kilos en trop. Je l’ai affinée cette silhouette qui me faisait tellement complexer. Je les ai détruites ces poignées d’amour disgracieuses. Et que dire de mes cuisses?! Ces deux jambonneaux qui dès que je marchais, se touchaient au point de m’obliger à porter un legging court sous mes robes, en plein été, pour éviter les irritations.

Je suis fière d’être parvenue à ça. Fière de ne pas avoir abandonné, de ne pas avoir claqué la porte de la salle de sport dès le lendemain de mon inscription. Fière d’avoir réussi à introduire un grand nombre de légumes dans ma cuisine, qui avant n’y mettaient jamais les pieds ou rarement.

 

Seulement comme on dit, il y a le retour de la médaille….

 

Et pour moi il s’agit d’Ana…

Cette saleté de coloc s’est incrustée chez moi sans permission, empoisonnant mon quotidien tout doucement, discrètement. Certaines personnes ont essayé de me mettre en garde, mais moi, je ne la voyais pas. Ou du moins, je ne réalisais pas son petit stratagème.

J’étais heureuse de voir qu’avec elle je parvenais à devenir amie avec Mrs Balance, mon ennemi depuis tant d’années.

Tellement contente de faire du shopping à ses côtés.

Malheureusement, il a bien fallu que je me rende à l’évidence, Ana n’avait qu’une idée en tête, s’infiltrer une bonne fois pour toute dans la mienne pour me diriger et faire de ma vie un enfer.

Sous ses airs de bonne copine se cache en réalité un démon, qui fait des tas de victimes et cause bien des horreurs.

 

Pour preuve, le témoignage << Jamais assez maigre >> de Victoire Maçon Dauxerre, une ex mannequin, qui a décidé de mettre fin à sa carrière après avoir dû s’affamer pour être au << top >> sous les projecteurs, et avoir frôlé la mort.

 

Je suis tombée totalement par hasard sur ce bouquin, qui rien que par sa couverture m’a de suite interpellé.

On y voit une photo d’une jeune femme ( l’auteure ) vêtue de blanc, le regard froid – sans expression, limite sans vie – les joues creusées, le teint pale et les os apparents, qui fait largement écho au titre.

Il ne m’aura fallu que quelques heures pour dévorer ce livre, dans lequel je me suis à de nombreuses fois retrouvée.

Toutes ces fois où elle avait faim, mais qu’elle se contentait du stricte minimum, rusant en avalant du chewing-gum ou du soda pour combler le creux de son estomac. Ces moments où elle n’arrivaient plus à suivre et à marcher à un rythme correct, ralentissant sa famille pendant les balades. Son corps si douloureux. Son humeur qui ressemblait à des montagnes russes. Ses cheveux qu’elle perdait. Sa poitrine qui avait décidé de se faire la malle.

Tout ça je le vis….

Ana est un être atroce qui ne veut qu’une chose, m’empêcher d’être << normale >> et passe son temps à me souffler de sa petite voix des pensées négatives.

Elle ne me laisse pas manger comme il le faudrait… << Pas ça! C’est bien trop gras!>>, << Une seule bouchée de ça et tu vas gonfler illico! >>, << Touche à ça et tu vas le regretter! >>

 

Elle me force à me dépenser sans arrêt, même lorsque mon corps la supplie de mettre un terme à tout ça… << Allez la grosse! Bouge toi! >>, << 15 000 pas aujourd’hui?! C’est tout?! Mais c’est minable ! >>

Elle m’anesthésie le cerveau pour que je ne puisse plus me concentrer et gèle ma mémoire.

Elle ne me laisse plus dormir ou alors juste 4 ou 5h par nuit, histoire de me faire croire qu’elle est sympa.

Elle détruit les muscles que j’étais parvenue à me construire, ruinant ainsi l’agréable image de moi même qui me plaisait tant il y a encore quelques mois.

Maintenant, je ne suis plus qu’une jeune femme fatiguée, comme l’était Victoire, qui tente de se battre comme elle le peut pour virer cette pétasse de coloc.

Ana a fait de moi quelqu’un de fragile, avec une colonne vertébrale aussi voyante que les plaques osseuses d’un stégosaure, des cernes sous les yeux et des cheveux qui tombent par poignées.

A cause d’elle le moindre contact un peu brusque, le plus petit coup de coude ou choc, me donne un hématome qui mettra des jours à disparaître.

Parfois elle me laisse tranquille et je sens mon moral remonter en flèche, mais ce n’est que pour bien me blesser ensuite, en me plongeant en moins d’une minute dans un univers sombre, triste, où tous mes progrès, toutes mes petites victoires sont anéantis, m’enlevant le gout de tout.

 

Mais ce n’est pas grave. Car malgré tout ça, Ana ne m’a pas encore assez affaibli pour que je renonce. Je me bats et comme Victoire, je ne lâcherai pas et je me relèverai la tête haute. Avec des séquelles certes, mais la tête haute tout de même.

Et si toi aussi, ma p’tite cacahuète grillée, tu connais Ana, je ne peux que te conseiller de lire Jamais assez maigre.

Je suis prête à parier que toi aussi, tu te reconnaîtras au travers de ce récit. Toi aussi tu seras chamboulée, émue, touchée, au point de verser quelques larmes, voir de beaux sanglots.

Toi aussi, tu détesteras ceux qui lui ont fait subir tout ça en lui faisant croire qu’Ana était son amie, allant jusqu’à l’applaudir quand ils voyaient qu’elles arrivaient bras dessus bras dessous.

Et finalement, toi aussi tu auras envie de hurler contre cette société qui fait croire aux femmes que la maigreur est une normalité, les obligeant à se faire du mal pour rentrer dans un moule inconcevable.

Pour finir, tu auras surement, tout comme moi, une haine contre ces << grands couturiers >> qui considèrent qu’un top model n’est qu’un cintre…

 

Ma coloc…

Cette chanson qui passe en boucle dans ma tête….

Cette chanson qui me fait penser à ma coloc….

Je ne peux plus m’en passer…

Les paroles me libèrent…. Me permettent de mettre des mots sur cette peine qui vient et repart sans arrêt…

J’ai l’impression qu’elle a été écrite pour moi… Pour m’aider à avancer dans cette période difficile de ma vie… Pour me forcer à me battre…. A ne rien lâcher…. Et à mettre à la porte ma fichue coloc….

Pourtant je sais bien que cette chanson ne parle pas de cette petite peste au départ.

Mais moi je l’interprète comme ça….

Cette douleur qui reste…  Qui ne me quitte pas …. Même lorsque je pense que c’est terminé, qu’elle s’est calmée…. Alors qu’au final elle me relance à nouveau et s’incruste encore une fois dans mon esprit….

Je souffre en silence….

Je ne veux pas en parler à n’importe qui… Rares sont les personnes au courant…. Encore plus rares celles qui me soutiennent….

Je suis seule dans ce combat…. Seule à pouvoir me sortir de là…. Mais moi je sais que j’aurai sa peau….

Je veux gagner…. Même si j’ai peur de lui laisser la peau sur les os….

Je veux gagner….

Ma coloc arrive de temps en temps à me faire perdre la tête… J’en oublie mes mots…. Parfois je perds patience…. Je m’énerve…. Je n’arrive plus à communiquer, ni à savoir ce que je fais ou ce que je voulais faire…. Et à ce moment là je hais d’être dans cette peau….

Elle me joue des tours…. Me faisant croire qu’elle a disparue, qu’elle a fini par bouger…. Emportant avec elle ces pensées malsaines qui m’obligent à tout contrôler….

Pour en réalité revenir me voir quelques temps après, à la nuit tombée….

Où que j’aille, elle est là….

Le jour, comme la nuit…

Elle me fatigue…. Me fait mal…. M’empêche parfois d’avancer tant mes pieds me semblent lourds…

Cette douleur…. Cette rancœur…. J’essaye de l’apprivoiser…

Mais j’ai toujours cette peur, qui attend son heure…. Cette crainte de rechuter…. De ne pas être assez forte pour détruire ma coloc….

Mais je garde l’espoir et je lui dis << Oh va te jeter ! >>…

L’enfer des calories

L'enfer des calories - Anorexie / boulimie

Aujourd’hui, un article que je veux faire depuis un bon moment, car il peut, je pense, être bien utile pour certain(e)s.

Si tu me suis régulièrement, tu dois déjà savoir comment j’ai réussi à perdre plus d’une vingtaine de kilos.

A moins que tu ne sois un p’tit nouveau ici….

Dans ce cas, je te résume vite fait tout ça.

Fin juin, début juillet 2015, j’ai eu le déclic et ai décidé de me reprendre en main. Je ne supportais plus de voir cette méchante bouée accrochée à mon ventre, ni mes cuisses que j’avais du mal à passer dans les pantalons. J’en avais assez de devoir sans arrêt rentrer mon bide, et de me sentir obligée de me cacher sous un paréo ou une serviette à la plage. J’avais tellement honte de mon corps, que je n’osais même plus aller me baigner avec mes gremlins. Faire quelques pas pour rejoindre la mer, aux yeux de tous, m’était totalement impossible.

Dommage quand on vit dans le Sud….

J’étais aussi mal à l’aise vis à vis de mon Homme.

Qu’il me voit comme ça me faisait de la peine et parfois il m’arrivait de me demander comment il pouvait m’aimer avec tous ces défauts qui me complexaient.

Bon là…. Je pense que ce genre d’inquiétudes sont fréquentes pour beaucoup de monde…. Et que lorsque l’on est mal dans sa peau, on ne se rend même plus compte que le poids sur une balance est loin d’être un obstacle à l’Amour…

Mais voilà, moi, je voulais dégager cette fichue graisse, collée à mes bask’ depuis bien trop longtemps.

Alors je me suis enfin bougée et je me suis inscrite dans une salle de sport ( plus d’infos sur cette étape de ma vie, ici ).

J’y suis allée plusieurs fois par semaine pendant environ 4 mois, puis l’hiver et les fêtes s’incrustant, cela est passé au second plan.

Mais ayant en parallèle rééquilibré mon alimentation, j’ai vu les kilos descendre rapidement sur la balance.

Tu t’imagines bien que j’étais ravie…

Les fêtes sont passées, sans reprise de poids, avec d’ailleurs plutôt une période de stagnation.

Ne pouvant plus combiner ma vie de maman avec la salle de sport, j’ai décidé de faire des séances à la maison avec le programme Top Body Challenge.

J’ai enchaîné le 1 puis le 2, heureuse de voir que non seulement mon poids continuait à baisser, mais qu’en plus mon corps changeait et se musclait.

A ce moment là, via mon compte Instagram, beaucoup de personne m’ont contacté pour savoir combien de calories je mangeais par jour.

Chose à laquelle je répondais que je ne savais pas.

Et pour cause, je ne m’étais jamais penchée sur la question…

Je me préparais des repas sains et équilibrés, mais sans faire gaffe aux calories qu’ils allaient m’apporter. Le seul point niveau calories sur lequel je faisais attention, c’était pour les yaourts ou desserts du commerce. Même si de toute façon, je n’en consommais déjà presque plus.

Du coup, à force de voir cette question réapparaître fréquemment dans mes MP, j’ai fini par me la poser aussi.

Cet été, j’ai donc commencé à m’y intéresser, partant du principe que j’allais calculer pendant 1 mois les calories que j’ingurgitais, pour les comparer avec celles que d’après ma Fitbit je dépensais.

 

J’ai pas mal galéré au départ, ne sachant pas vraiment combien tel ou tel aliment pouvait valoir en kcal, mais de fil en aiguille, je me suis créée un ptit carnet avec les valeurs énergétiques pour m’y retrouver.

Je me suis aperçue que je mangeais en moyenne autour des 1600 kcal par jour et que ( toujours d’après ma montre ), j’en dépensais plus de 2100.

Un beau matin, j’ai décidé qu’il était temps pour moi de passer en phase de sèche et me suis retrouvée à ne consommer plus que 1200 kcal environ sur une journée ( tout en continuant à faire autant voir plus de sport qu’avant ).

Mon ventre devenait hyper plat et la balance n’avait jamais été aussi cool avec moi…. J’étais donc aux anges.

Seulement tout doucement, << l’enfer >> des calories a commencé à taper l’incruste dans ma tête, ne voulant pas malgré les remarques de mes proches, disparaître….

Le Chéri a dû se faire hospitaliser…. Je n’avais plus vraiment de temps pour prendre soin de moi… Courant entre le boulot, le sport, les nains, l’école, les courses et les allez – retours vers l’hosto sans véhicule….

Je préparais des repas, cookies et autres gâteaux pour l’Homme qui n’aimait pas ce qu’on lui servait à l’hôpital…. Je cuisinais des plats sympa et transportables pour que les enfants puissent manger là-bas avec leur père….

Et le temps ensuite de reprendre le bus ou le tram pour rentrer, de doucher ma tribu, de préparer leurs affaires pour le lendemain et de les coucher, je ne me sentais pas de me faire grand chose.

De même le matin ou à midi, puisque je gérais Crevette, la maison et tout ce qui va avec….

Alors petit à petit, j’ai fini par me sous-alimenter….

Non, mon ptit koala, je n’emploie pas ces mots à la légère….

Car même lorsque le Chéri est revenu à la maison, ayant pris l’habitude de ne manger que de très petites quantités ou juste des aliments très pauvres en calories, j’ai continué à sombrer dans cet enfer….

Résultat, alors que je ne devais vérifier mes calories que durant 1 mois, en octobre j’étais de plus en plus obsédée par ça.

Et sur une journée entière, je n’en mangeais plus que 500 à 600….

Bien entendu, je trouvais mon ventre au top et mon poids n’avait jamais été aussi bas….

Mais j’étais tout le temps épuisée. Non seulement parce qu’avec les journées de malade que j’avais passée lors de l’hospitalisation de l’Homme, je n’avais pas vraiment eu le temps de dormir ( je m’y suis tellement habituée que je n’arrive plus à dormir plus de 4 à 5h…. ou alors très rarement ). Mais aussi parce que mon corps ne parvenait plus à suivre.

Faire le moindre pas devenait compliqué… Je sentais que mes jambes ne me tenaient plus….

Porter Crevette ou des sacs de courses, était une torture….

Sans parler des moments où je n’arrivais même plus à me concentrer et où je devenais agressive sans le vouloir.

Il a fallu attendre fin octobre, pour que j’ouvre un peu les yeux et que je comprenne que je rentrais dans l’anorexie ( avec des phases de boulimie, où sous le prétexte de faire une cheat meal, je me gavais à outrance dans les restos à volonté ).

Un samedi matin, sur le point de me doucher, j’ai aperçu mon reflet dans le miroir. Reflet que je voyais sans réellement le voir, tous les jours.

J’ai remarqué que l’on voyait de plus en plus mes côtes…. Que mes cuisses étaient trop fines…. Que j’étais cernée….

Et je me suis effondrée….

J’ai dit à l’Homme qu’il fallait que j’arrête toutes ces bêtises de calories… Que j’en avais assez d’avoir faim ( car c’était le cas…. je lutais sans arrêt contre la faim…. mâchant des tonnes de chewing-gum pour distraire mon cerveau… )… Que je voyais bien que je me détruisais….

Mais que j’avais peur….

Peur de ne pas y arriver…. Peur de reprendre du poids et de grossir….

J’ai rangé en haut d’un placard, bien loin de moi, le cahier qui depuis des mois squattait mon plan de travail, attendant que j’y note tout ce que je mangeais….

Et j’ai pris la décision que si je ne parvenais pas toute seule à remonter la pente, j’irais voir mon médecin pour qu’il m’aide.

Le soir même, je commençais à réintroduire doucement plus d’aliments dans mon repas. Ok ce n’était encore qu’une salade ( j’adore tellement les crudités ), mais j’y avais ajouté des noix, du fromage, de la crème, etc…. Toutes ces petites choses qui me faisaient envie dès que l’Homme en prenait, mais que je m’empêchais de manger.

Le lendemain matin, l’objectif était que je fasse un ptit déjeuner normal, avec quelque chose qui me ferait plaisir. Truc de ouf : un bon morceau de baguette avec du beurre ! Ouais…. J’en étais là…. A rêver de pain et de beurre….

Nous sommes donc allés à la boulangerie.

Une jeune femme me sert ma baguette et me propose une offre sur des pains au chocolat.

Le drame….

J’ai dû retenir mes larmes et quitter rapidement l’enseigne.

Mon corps avait envie de ces pains, mais mon cerveau me l’interdisait.

Une fois à la maison, j’ai eu énormément de mal à avaler ma tartine. J’avais peur de cette nourriture…. Vraiment peur…. A la limite de l’écœurement….

Je voyais le reste de la tribu manger des croissants, des chaussons aux pommes….. J’en bavais d’envie, sans pour autant être capable d’approcher de ces aliments.

Il m’a fallu un moment pour dépasser tout ça….

Pour réintroduire des ingrédients que j’évitais ou que je ne consommais qu’en mini ration….

Pour arrêter de n’avaler que des plats dont je maîtrisais le cota des calories ( tu as dû d’ailleurs remarquer qu’à cette période là, je les notais dans mes recettes )….

Mais j’ai réussi à dépasser tout ça….

Plus d’une fois en voyant mon poids monter un peu, j’ai eu peur de retomber dans cette saleté de phase.

Mais non….

J’ai diminué mes doses de sport. Je mange à ma faim, sans me prendre la tête à compter quoique ce soit.

Je garde une alimentation saine, mais je n’ai plus peur de manger un bout de pain ou une viennoiserie. De me refaire des bowlcakes, des pancakes ou des tranches de bacon….

Et finalement, j’ai repris un peu de poids et me suis stabilisée.

Je ne suis plus épuisée au bout de quelques marches de montées. Je n’ai plus toutes ces migraines et ces instants où aligner trois mots étaient si difficile….

Je ne ressens plus le besoin de faire de méga cheat meal pour me gaver ( même si j’avoue appréhender un peu le jour où je retournerais me faire un resto à volonté…. j’espère réussir à me contrôler…. ).

Je vais mieux…

Tout ça pour te dire, ma ptite licorne, que tomber dans le piège des calories et être à deux doigts de se flinguer la santé, c’est extrêmement rapide….

Alors oui, il faut veiller à ne pas manger n’importe quoi…. Mais en restant raisonnable. Ne pas s’interdire des aliments. Juste les consommer avec modération….

Wonder cookies

Sur ce, je te laisse pour aller déguster avec ma famille, des cookies qui sortent tout juste du four ^^