Ces jours où…

Ces jours où...

L’anorexie, c’est se retrouver avec des hormones totalement détraquées. Des hormones qui oublient que vous êtes une femme et décident qu’il est grand temps pour elles de se la jouer solo, faisant disparaître certains éléments de votre cycle…

Pourtant, même si l’idée de ne plus avoir de règles sans être en pleine grossesse, peut avoir de quoi se réjouir et un sacré côté pratique, d’autres symptômes peuvent venir tout gâcher. Ils mettent même en danger la victime de cette peste d’Ana.

Ces jours où…

Ces jours où même si je sais que je ne suis pas énorme, comme se l’efforce de me le faire croire cette fichue diablesse, je me prends tout de même pour la réincarnation de Moby Dick…
Ces jours où mon ventre reste gonflé quoique je fasse et quoique je mange ( ou ne mange pas)…
Ces jours où je ne parviens même pas à le rentrer et où du coup je ne vois plus que lui…
Ces jours où il est si dur qu’il en devient douloureux, au point de m’empêcher de me pencher…

Ces jours là, les petites victoires que je venais d’obtenir dans ma lutte face à ma maladie, s’estompent et s’éloignent dangereusement. Mon cerveau a beau savoir que cette situation va passer, la petite voix, elle, fait tout son possible pour me faire croire que mon combat ne sert à rien. Que mon corps est difforme, obèse, immonde…

Je sais très bien que tout ça n’est que mensonge… Mes ces jours là, mon moral en prend un coup et ma raison aussi…

J’en reviens au point de départ, réduisant les quantités de ce que j’ingère… Évitant de plus belle certains aliments, tout particulièrement ceux que je venais tout juste de réintroduire… Ayant envie de me cacher sous de gros pulls, alors que la veille je me sentais si bien dans ma petite robe…

Ces jours là, ma tête est comme déconnectée. Elle laisse carte blanche à ces saletés d’hormones qui font n’importe quoi.
Et celles-ci s’en donnent à cœur joie. Plus de règles, mais de la fièvre, des nuits d’insomnie, de l’acné comme si j’étais à nouveau une ado, de la rétention d’eau en pagaille, un corps si douloureux que toute position est une torture.

Ces jours là, j’en ai tellement marre d’être moi…

Ma coloc…

Cette chanson qui passe en boucle dans ma tête….

Cette chanson qui me fait penser à ma coloc….

Je ne peux plus m’en passer…

Les paroles me libèrent…. Me permettent de mettre des mots sur cette peine qui vient et repart sans arrêt…

J’ai l’impression qu’elle a été écrite pour moi… Pour m’aider à avancer dans cette période difficile de ma vie… Pour me forcer à me battre…. A ne rien lâcher…. Et à mettre à la porte ma fichue coloc….

Pourtant je sais bien que cette chanson ne parle pas de cette petite peste au départ.

Mais moi je l’interprète comme ça….

Cette douleur qui reste…  Qui ne me quitte pas …. Même lorsque je pense que c’est terminé, qu’elle s’est calmée…. Alors qu’au final elle me relance à nouveau et s’incruste encore une fois dans mon esprit….

Je souffre en silence….

Je ne veux pas en parler à n’importe qui… Rares sont les personnes au courant…. Encore plus rares celles qui me soutiennent….

Je suis seule dans ce combat…. Seule à pouvoir me sortir de là…. Mais moi je sais que j’aurai sa peau….

Je veux gagner…. Même si j’ai peur de lui laisser la peau sur les os….

Je veux gagner….

Ma coloc arrive de temps en temps à me faire perdre la tête… J’en oublie mes mots…. Parfois je perds patience…. Je m’énerve…. Je n’arrive plus à communiquer, ni à savoir ce que je fais ou ce que je voulais faire…. Et à ce moment là je hais d’être dans cette peau….

Elle me joue des tours…. Me faisant croire qu’elle a disparue, qu’elle a fini par bouger…. Emportant avec elle ces pensées malsaines qui m’obligent à tout contrôler….

Pour en réalité revenir me voir quelques temps après, à la nuit tombée….

Où que j’aille, elle est là….

Le jour, comme la nuit…

Elle me fatigue…. Me fait mal…. M’empêche parfois d’avancer tant mes pieds me semblent lourds…

Cette douleur…. Cette rancœur…. J’essaye de l’apprivoiser…

Mais j’ai toujours cette peur, qui attend son heure…. Cette crainte de rechuter…. De ne pas être assez forte pour détruire ma coloc….

Mais je garde l’espoir et je lui dis << Oh va te jeter ! >>…