Anorexie, pourquoi en parler

Anorexie, pourquoi en parler

 

Dernièrement j’ai été très touchée d’apprendre qu’à force de lire mes posts, de suivre mon compte, une jeune femme s’était aperçue qu’elle aussi souffrait de TCA.

Comme moi, elle n’avait pas écouté ce que lui disaient ses proches, son entourage et elle avait nié pendant un moment l’état dans lequel elle avait doucement plongée.

Savoir que désormais, elle a mis le doigt sur ce problème et qu’elle va pouvoir tout faire pour reprendre sa vie en main et lutter, me donne le sourire.

Bien évidemment je ne suis pas heureuse de savoir qu’elle aussi, malheureusement est atteinte du même trouble que moi. Je ne souhaiterais pas cela à mon pire ennemi. Je suis tout simplement contente de savoir qu’elle va pouvoir se reconstruire et éviter de descendre plus bas dans cet enfer.

C’est exactement pour cette raison, que j’ai décidé de parler à cœur ouvert de ma maladie, de mon état, des moments où je vais bien, mais aussi de ceux où je vais mal… De tout ce qui fait qu’il ne faut surtout pas finir dans l’anorexie.

Au départ je me disais qu’il valait mieux cacher cette partie de moi. Faire semblant… Sourire à longueur de temps et ne publier sur Instagram que les bons jours, que des photos enjouées…

Mais dans quel intérêt ? Pour me cacher ? Pour me préserver ? Par peur du regard des autres, des critiques, de ce que l’on va penser de moi… Mais n’est-ce pas déjà ce regard des autres, cette crainte du monde extérieur, de ne pas plaire, de ne pas rentrer dans le moule qui m’a fait tomber aussi bas ?

Parce que j’avais honte ?

Oh oui j’ai honte, tellement honte… Honte de moi quand je bloque dans un magasin, dans une boulangerie, dans n’importe quel rayon alimentaire… Au restaurant parce que je mets des heures à choisir ce que je vais peut-être réussir à manger… Lorsque je vois ma famille attendre que je finisse par me décider…

Mais aujourd’hui je suis fière, fière de de savoir que cette jeune femme, un peu grâce à mon vécu que je partage, va retrouver une vie plus normale.

 

Anorexie, pourquoi en parler

 

On ne devrait pas avoir à cacher sa maladie. Si les gens autour de nous étaient mieux informés, ils pourraient peut-être plus facilement nous comprendre ou du moins anticiper nos réactions, et notre comportement. A chaque fois que je vais dans un restau ( ce qui est très rare ) je me souviens de ce couple qui un jour, dans un Buffalo Grill où tout était allé de travers, m’avait dit << On ne va pas au restaurant quand on est malade, on reste chez soi >>. Belle mentalité…. Combien de personnes devraient alors se morfondre chez elles?

La société aime coller des étiquettes. Elle aime classer les gens. Du coup on imagine que les anorexiques sont principalement des jeunes filles, des ados, mal dans leur peau à cause de la puberté. Que forcément elles sont extrêmement maigres et se font vomir régulièrement. On a beaucoup plus de mal à imaginer qu’un homme ou même une mère de famille puisse être atteint de ce trouble.

Le pire c’est que l’on ne voit pas tout ce que cela entraîne, toutes les autres maladies liées à l’anorexie. Comme par exemple l’orthorexie qui oblige la personne qui en souffre à tout contrôler, à ne manger que des aliments jugés extrêmement sains et à se dépenser physiquement à chaque bouchée avalée. Ou encore la potomanie dans laquelle on tombe doucement à force de boire des litres d’eau ou de thé pour contrer sa faim. Une autre astuce souvent mise en place pour duper son estomac étant le masticage de chewing-gum, qui nous faisant avaler de l’air, gonfle ensuite l’estomac et renvoie à nouveau une image déformée qui n’aidera pas les anorexiques. Un cercle vicieux.

Sans oublier l’ostéoporose, les jambes si douloureuses, le corps si fragile… L’insomnie… La fatigue… Le cerveau qui se met au ralenti et nous empêche de nous concentrer sur quelque chose ( adieu cinéma, livres, coloriage). Le cœur qui déraille… Les cheveux que l’on perd par poignée et les ongles qui se cassent tout le temps… Les hormones complètement détraquées…

Le moindre acte est très compliqué pour les anorexiques. Il faut tout anticiper et si un imprévu arrive cela peut être la catastrophe. Un mini changement dans le planning et ça peut finir en drame, plongeant la personne dans la dépression.

Du coup on s’éloigne des autres et on finit par être seul. On ne veut pas imposer tout cela à ses amis. On préfère ne pas leur compliquer la vie.

Dernièrement je suis partie en weekend avec ma famille dans un petit village totalement perdu, à l’écart de tout. Il a fallu faire une heure de route pour trouver un petit magasin de proximité. Mais une fois sur place, grosse panique pour moi car il n’y avait absolument pas de produits frais, ni légumes, ni fruits. Comme je ne mange presque que ça, je me suis retrouvée dans un sale état à errer de rayon en rayon, en essayant de trouver comment j’allais pouvoir m’alimenter. J’étais à deux doigts de m’effondrer, ce que finalement j’ai fait une fois rentrés dans la maison que nous louions.

Personne ne peut s’imaginer à quel point le quotidien peu vite devenir pesant dans de telles situations. Pour soi, comme pour les autres.

Voilà pourquoi je tiens tellement à ne pas camoufler les mauvais côtés de ma vie. Je veux que l’on sache ce qui se cache derrière l’anorexie. Je veux que l’on arrête de croire qu’il ne s’agit que de nourriture. Qu’en dehors du blocage devant l’assiette, il y a tout un monde.

 

Anorexie, pourquoi en parler

Je suis donc très heureuse de pouvoir bientôt aider l’association Keys, créée par Alexia Savey, lors d’un parcours d’éclosion qui aura lieu à Marseille en 2019 et qui aura pour but d’offrir une journée merveilleuse à des jeunes femmes qui ont besoin de soutien.

Informations sur l’association Keys

Qu’est-ce que le Parcours d’éclosion?

 

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Quasimodo, mon ami

 

Quasimodo, mon ami

 

Une sale journée…. A nouveau….

Une journée << shopping >> qui s’est transformée en supplice… En calvaire… En enfer….

Quand j’entends les gens dans les boutiques, se plaindre qu’il n’y a ait encore que des petites tailles, je ne peux m’empêcher intérieurement de rire. Moi aussi, il y a peu je réagissais de la même façon…. Moi aussi je pestais sur ces fichues tailles S ou 38 qui se répandaient dans les rayons. Seulement maintenant, je connais l’envers du décor…. Je sais ce que cachent ces lettres et ces chiffres….

En effet, je dois reconnaître qu’il est plus sympa de faire les magasins, lorsque l’on sait que l’on va facilement rentrer dans les fringues. Que l’on aura pas besoin de tester 3 tailles différentes avant de trouver le pantalon qui nous convienne.

 

Quasimodo, mon ami

 

Et pourtant….

Si notre société nous donne l’impression qu’il est plus gratifiant de se pointer aux cabines d’essayage avec une robe en XS ( taille finalement pas si simple que ça à dénicher, je peux te l’assurer ), faire de même avec un soutiens-gorge est une véritable honte et un énorme défis.

Devoir interpeller une vendeuse pour savoir si elle a du bonnet A est une pure humiliation. En être à se dire que bientôt ta propre môme aura plus de poitrine que toi est une torture….

Alors imagine ce qu’à pu être cette journée que je viens de vivre, à tenter désespérément de trouver un maillot de bain pour notre futur voyage….

Ma maladie m’a tout pris…. Rayant de mon corps non seulement les kilos en trop et ceux vitaux, mais aussi mes seins et mes fesses. Détruisant toute part de féminité….

Pourtant, m’étant rendue compte à temps de la situation dans laquelle je suis, à savoir l’anorexie, je ne suis pas descendue assez bas pour que les gens prennent réellement mon cas au sérieux.

Je ne suis pas le stéréotype que l’on imagine de l’anorexique basique. Non…. Je ne fais pas 36kg, je n’ai pas le visage et le corps trop squelettique, et je n’ai pas d’immenses cernes….. Car soyons honnêtes, voilà le portrait que tout un chacun se fait d’une anorexique.

D’ailleurs quand il m’est arrivé de dévoiler mon problème à quelques personnes, bien souvent on m’a répondu << Ah bon? Ca ne se voit pas pourtant! >>.

Bah ouais…. Mais peut être est-ce parce que je sais cacher mon corps ou le mettre un peu en valeur. Que j’ai pris l’habitude de choisir mes tenues soigneusement, en fonction du lieu et du contexte dans lequel je vais me retrouver. Sachant qu’avec telle personne je me sentirais plus à l’aise de me dévoiler légèrement….

 

Quasimodo, mon ami

 

La semaine dernière, je devais passer un examen avec un chirurgien, suite aux nombreux problèmes que me causent mes jambes. Ces jambes dont les chevilles n’arrivent même plus à porter mes chaussures au point de me donner la sensation qu’elles sont en plomb…. Bref… Ce cher homme, m’a demandé pourquoi je venais le consulter. En lui tendant la lettre rédigée par mon généraliste ( qui m’avait recommandé ce dernier ), je lui explique mes TCA et le fait que l’on vient de me diagnostiquer de l’ostéoporose. Ouais…. 32 ans et me voici déjà avec cette pathologie de vieux….

Sa réaction ne s’est pas faite attendre : << Vous? Anorexique? Pourtant vous êtes très bien! >>.

Cette simple phrase pourrait surement être un compliment pour n’importe qui de << normale >>. Seulement dite à quelqu’un qui cohabite avec Ana, c’est juste destructeur. Dans un premier temps, je n’ai pas réagi. N’étant plus dans le déni, je pensais que ces mots n’allaient pas me toucher. Qu’ils glisseraient. Mais une semaine après, je me rends compte qu’ils sont toujours dans ma tête et qu’ils vont y rester un bon moment.

Car de telles paroles me font culpabiliser. J’ai l’impression que l’on doit se dire que j’affabule…. Que je n’ai rien… Que je fais un petit caprice pour que l’on me regarde, alors que je pourrais manger normalement sans souci… Que je tente de prendre la place d’une << véritable >> anorexique, comme on prendrait la place de stationnement d’un handicapé sans en avoir le droit.

Même culpabilité lorsque, partant d’une bonne intention, lors d’un repas, on me sort << Tu as bien mangé ! >>. Je sais que ce n’est pas méchant, et qu’au contraire ces mots sont positifs et plein d’encouragements…. Sauf que dans mon esprit, ils se transforment en << Tu as trop mangé ! >>. Stupide hein! Mais que veux-tu, la Peste me fait réagir bêtement. Ces quelques mots me donnent eux aussi le sentiment d’être dans l’imposture… Une pâle copie d’une vraie malade… Car bien souvent, les gens qui me disent ça ne me voient que dans un bon jour, où j’ai prévu d’aller manger avec eux…. Mais ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’il m’a fallu des jours voire des semaines de préparation pour anticiper cet instant hors de ma zone de confort. Ils ne savent pas que je me suis privée sur plusieurs repas. Ni que oui, je vais réussir lors de cette sortie à manger un peu plus que d’habitude, mais que le ou les repas suivants, je vais me restreindre encore plus. Ou fut une époque, compenser physiquement ( 4 mois et 3 semaines aujourd’hui que j’ai dit adieu à ma fitbit ! ).

Donc non, désolée…. Je n’ai pas bien mangé…. J’ai juste pour une fois, nourri un peu plus mon corps, passant du stade d’absorption minimale d’aliments pour survivre à une quantité d’une personne au régime….

Ces personnes ne savent pas que j’ai tellement honte et peur de retourner me resservir une deuxième, troisième ou quatrième fois. Que lorsque elles, décident de ne plus rien avaler, moi j’angoisse et me bloque pour ne pas reprendre quoique ce soit, car je me dis que si elles n’ont plus faim, ce doit être pareil pour moi. Sauf que là, encore, tout est différent…. Toi, vous, eux… Avez pu manger de tout, y compris des aliments qui tiennent au corps et donnent de l’énergie. Moi, je me suis servie 3 ou 4 fois des crudités…. Un peu de protéines peut être…. Mais c’est tout…. Alors bien entendu, après mes 3 cuillères à soupe de tomates, mes 6 radis et la cuillère à café de houmous, mon estomac réclame plus…. Toujours plus…. Mais moi, je continue à le faire passer en mode survie….

Je ne l’écoute pas…. Trop de culpabilité…. Trop de honte…. Trop de remise en question…. << Elle?! Anorexique?! Mais elle se fiche de nous! Regarde combien d’assiettes elle a englouti! Ce n’est qu’une menteuse…. Elle se joue de nous….>>

 

Quasimodo, mon ami

 

Seulement aujourd’hui, face à mon reflet dans le miroir des cabines d’essayage, j’ai craqué….. J’ai fondu en larmes….

Les paroles d’une des chansons du Bossu de Notre Dame, de Disney, me sont revenues en tête…. Tu es difforme…. Je suis difforme…. Et tu es très laid….. Et je suis très laid…. Ce sont des crimes aux yeux des Hommes qui sont sans pitié….

Car oui… Je suis difforme…. A tel point qu’il m’a été impossible d’acheter un maillot. Impossible d’envisager pouvoir me montrer comme ça à la plage…. Mon reflet m’a renvoyé en pleine figure ce dos où ma colonne est si marquée que depuis plusieurs mois j’appelle ça << mon dos de dinosaure >>… ( Les enfants regardez! Maman est devenue un stégosaure ! Elle est pote avec Denver ! )…. Cette poitrine qui n’existe plus que dans mes souvenirs et qui a laissé place à deux morceaux de peau qui pendouillent, au dessus desquels ont peut admirer ma clavicule et les os de mon thorax…. Ces fesses flasques, qui font des plis….

Mais le pire, je crois….

C’est ce ventre…. Cet saleté de ventre, qui au lieu d’être plat ou creusé, comme on l’imagine chez une anorexique, est si gonflé que l’on pourrait croire que je suis enceinte…. Pas de poitrine et un ventre proéminent, voici le combo parfait pour vouloir abandonner ses recherches et foncer se cacher sous un gros pull….

Pourtant je sais bien que ce ventre est comme ça, à cause de la rétention d’eau. Que mon corps pour survivre, a pris l’habitude de digérer plus lentement de façon a puiser au maximum l’énergie des aliments que j’avale. Que du coup après chaque repas, il se gonfle, mais finira par se calmer… Je sais tout ça. Sauf que dans ces moments là, je rêve de pouvoir le faire éclater avec une aiguille, comme un ballon de baudruche…

Et mon reflet, lui, il ne le sait pas…. Tout comme les gens, qui profiteront du soleil à la plage, ne le savent pas non plus….

Quasimodo, mon ami

 

J’en viens donc parfois à me dire que si je n’avais pas pris conscience de mon état aussi tôt, que j’étais descendue plus bas, on prendrait peut être mon cas plus au sérieux…. On ne remettrait pas en cause les symptômes que je décris, ni les douleurs que je subis toute la journée, du matin au soir….

Pourtant ce n’est pas une solution…. Je veux retrouver mon corps…. Le ré-apprivoiser…. Ne plus me cacher…. Ne plus avoir honte…. Ne plus dissimuler mon horrible dos à mon époux et à mes enfants, car je crains de les effrayer…. Car j’ai peur de lire du dégoût dans leurs regards…. Je veux revivre…. Je veux vivre….

 

Quasimodo, mon ami

 

Ces jours où…

Ces jours où...

L’anorexie, c’est se retrouver avec des hormones totalement détraquées. Des hormones qui oublient que vous êtes une femme et décident qu’il est grand temps pour elles de se la jouer solo, faisant disparaître certains éléments de votre cycle…

Pourtant, même si l’idée de ne plus avoir de règles sans être en pleine grossesse, peut avoir de quoi se réjouir et un sacré côté pratique, d’autres symptômes peuvent venir tout gâcher. Ils mettent même en danger la victime de cette peste d’Ana.

Ces jours où…

Ces jours où même si je sais que je ne suis pas énorme, comme se l’efforce de me le faire croire cette fichue diablesse, je me prends tout de même pour la réincarnation de Moby Dick…
Ces jours où mon ventre reste gonflé quoique je fasse et quoique je mange ( ou ne mange pas)…
Ces jours où je ne parviens même pas à le rentrer et où du coup je ne vois plus que lui…
Ces jours où il est si dur qu’il en devient douloureux, au point de m’empêcher de me pencher…

Ces jours là, les petites victoires que je venais d’obtenir dans ma lutte face à ma maladie, s’estompent et s’éloignent dangereusement. Mon cerveau a beau savoir que cette situation va passer, la petite voix, elle, fait tout son possible pour me faire croire que mon combat ne sert à rien. Que mon corps est difforme, obèse, immonde…

Je sais très bien que tout ça n’est que mensonge… Mes ces jours là, mon moral en prend un coup et ma raison aussi…

J’en reviens au point de départ, réduisant les quantités de ce que j’ingère… Évitant de plus belle certains aliments, tout particulièrement ceux que je venais tout juste de réintroduire… Ayant envie de me cacher sous de gros pulls, alors que la veille je me sentais si bien dans ma petite robe…

Ces jours là, ma tête est comme déconnectée. Elle laisse carte blanche à ces saletés d’hormones qui font n’importe quoi.
Et celles-ci s’en donnent à cœur joie. Plus de règles, mais de la fièvre, des nuits d’insomnie, de l’acné comme si j’étais à nouveau une ado, de la rétention d’eau en pagaille, un corps si douloureux que toute position est une torture.

Ces jours là, j’en ai tellement marre d’être moi…

Mon aventure végétarienne au restaurant Le Balagan

Les restaurants végétariens commencent tout doucement à se répandre dans les villes. On en trouve un peu plus facilement.

Ce que j’aime dans ce genre d’endroit, c’est que la cuisine est faite maison. Signe qu’en général on va pouvoir savoir clairement ce qu’il y aura dans nos assiettes.

Mardi 20 mars avait lieu la Journée Sans Viande. Alors pour l’occasion, j’ai voulu aller déjeuner en extérieur, en partant bien évidemment du principe que j’allais suivre le mouvement. De toute façon, ça collait à la perfection avec mon jour vegan qui tombait en même temps.

 

 

Mon aventure végétarienne au restaurant Le Balagan

 

Ne connaissant pas trop les restaus végés du secteur et ne pouvant aller essayer celui qui me tentait depuis un moment puisqu’il était fermé, j’ai demandé de l’aide à google / tripadvisor. Après avoir regardé les sites et comptes facebook de différents restaurants, j’ai découvert la carte du Balagan.

Situé dans le 8ème arrondissement de Marseille, au 99 rue du Rouet, ce restaurant-traiteur est une adresse sympathique à connaître.

 

Mon aventure végétarienne au restaurant Le Balagan

Mon aventure végétarienne au restaurant Le Balagan

 

La déco colorée de la salle, avec ses murs peints dans différents tons, ses tables et chaises de jardins multicolores en métal, associés à une grosse table en bois avec bancs et un beau miroir ancien, donne un côté à la fois plein de peps et chaleureux à cet espace plein. Le piano qui trône dans un coin nous invite à y faire courir nos doigts pour profiter d’un repas en musique.

 

Mon aventure végétarienne au restaurant Le Balagan

 

Pas de mauvaise surprise au niveau de la carte et des tarifs. Tout est affiché aux murs, sur de grands tableaux noirs.

Le concept est selon moi, tout simplement top.

 

Mon aventure végétarienne au restaurant Le Balagan

 

Plusieurs plats, tartes, soupes, salades et desserts sont proposés. Changeant chaque semaine, en fonction des produits de saison disponibles et des envies créatives du Chef, qui travaille avec des ingrédients frais. Tout est fait maison, 100% végétal et préparé le matin même.

Nous avons donc plusieurs possibilités pour faire notre choix. Prendre à la carte ( 8,90€ plat chaud, 5,20€ soupe/ salade/crousti ou tarte, 3,90€ dessert )  ou partir sur une formule.

C’est là que je trouve l’idée bien sympa.

On peut créer son menu parfait, à moindre coût :

  • pour 8,90€ : 1 élément + 1 dessert
  • pour 10€ : 1 élément + 1 salade verte ou 1 mini salé + 1 dessert
  • pour 12€ : 2 éléments + 1 dessert

Cela signifie que l’on peut choisir 1 ou 2 éléments ( suivant la formule ), parmi les soupes, tartes salées, salades et crousti burgers. De même pour le dessert, à nous de nous laisser tenter par celui qui nous fait le plus de l’œil.

  • pour 12€ : 1 plat chaud + 1 dessert
  • pour 13€ : 1 plat chaud + 1 salade verte + 1 dessert
  • pour 15€ : 1 plat chaud + salade ou soupe ou tarte + 1 dessert

Même combat qu’avec les formules précédentes, mais en choisissant dans les plats chauds.

Bon…. Moi…. Ce que j’ai préféré, c’est la dernière option…. Celle des gourmands, qui veulent tout tester ( ou presque )… Il s’agit de l’assiette dégustation que l’on compose en mixant différents plats de la carte.

  • seule : 12€
  • avec 1 dessert : 15€
  • avec une assiette d’assortiments de desserts : 17€

Avec l’assiette dégustation, on peut demander un morceau de tarte, y ajouter des légumes, un bol de soupe, différentes salades… Bref, se faire une jolie assiette complète remplie de bonnes choses. Et si on a encore de la place, pourquoi ne pas partir sur l’assortiments de desserts, pour à nouveau se créer une belle assiette gourmande, en mélangeant différentes douceurs.

Mon aventure végétarienne au restaurant Le Balagan

 

Pour les boissons, il y a des jus centrifugés, de la citronnade maison, de la bière, du vin, des sodas, du café, etc…. On peut aussi prendre un verre de thé en libre service, contre une ptite pièce à glisser dans une boîte. Don qui sera reversé à la SPA du quartier. Il est même possible d’acheter un plat qui restera disponible pour une personne dans le besoin, qui pourra venir le chercher plus tard ( 7€ ).

Maintenant que tu connais le concept, voyons ce que l’on mange….

 

Mon aventure végétarienne au restaurant Le Balagan

 

La semaine dernière, il y avait :

  • 2 crousti burgers : chèvre / figue / oignons confits, et chèvre / blette / miel / oignons confits
  • 4 plats chauds : lasagnes de légumes grillés au chèvre, lasagnes aux légumes, steak veggy et frites, riz coco aux épices et légumes rôtis
  • 5 tartes : pissaladière, blettes / chèvre / miel, légumes grillés, légumes grillés / chèvre, tortillas pommes de terre / épinards
  • 3 soupes : légumes, patate douce, lentilles ( j’ai oublié les épices qu’elles contenaient )
  • salades : fenouil aux agrumes, chou rouge, carotte / betterave, etc….
  • desserts : tarte aux pommes caramélisées, crumble de fruits rouges, tarte choco noir façon mendiant, clafoutis aux fruits, gâteau au chocolat, salade de fruits, compote de pomme, cookies, gâteau à l’amande, etc….

Comme tu peux le voir, mon ptit ventre sur pattes, il y avait de quoi se faire plaisir.

Mais tu vas me dire que tout ça c’est bien beau, mais qu’à part les salades, je ne pouvais rien avaler…. Alors comment j’ai pu tellement adorer cet endroit, au point de vouloir t’en parler.

Bah parce que j’ai déniché le Saint Graal de Marseille pour anorexique comme moi, qui tremble face au moindre féculent.

 

Mon aventure végétarienne au restaurant Le Balagan

 

Mon aventure végétarienne au restaurant Le Balagan

 

Viens je te montre mon repas, pour que tu comprennes….

Je me suis donc lancée dans l’aventure de l’assiette dégustation. Ouaip…. Grosse faim et envie de goûter plein de choses.

Il faut dire que le patron, très à l’écoute et charmant, a bien pris le temps de m’expliquer chacune de ses créations culinaires, ce qui m’a permis de me mettre en confiance et à l’aise. Du coup, j’ai décidé de prendre un bol de soupe de lentilles ( que j’ai réussi à déguster en me basant sur le fait que c’étaient mes protéines), de la salade de fenouil, des légumes rôtis ( courge, asperges, oignon, artichaut… ), et 1 belle part de pissaladière. Oui, oui! Tu as bien lu! J’ai mangé de la tarte! Avec de la pâte!

Je ne sais même plus à quand remontait ma dernière part de tarte avec pâte.

Si j’ai réussi à la savourer sans culpabilité ni crainte, c’est tout simplement parce que celle-ci ne contenait pas de farine. Faite de graines, elle était parfaite pour moi! Et tellement délicieuse en plus.

 

Mon aventure végétarienne au restaurant Le Balagan

 

Comme je venais de bien me régaler, je m’suis dit qu’il fallait que je continue comme ça et que pour une fois, je tente un dessert.

Encore une fois, le patron a eu la gentillesse de tout me décrire ( Merci beaucoup ! ). Et là, bonheur! Pas de farine non plus! Des gâteaux aux légumineuses et des tartes avec la même pâte que pour les versions salées ! Yes! A moi la gourmandise!!!

Moi qui ne pensais prendre qu’une part, j’ai fini par choisir l’assortiments de desserts : 1/2 cookie, une part de tarte aux pommes, du gâteau au chocolat et de la salade de fruits frais sans sucre ajouté. Parfait! Savoureux! Impeccable!

 

Mon aventure végétarienne au restaurant Le Balagan

 

Tu vois maintenant pourquoi j’ai pris le temps de t’écrire un article sur Le Balagan. Non seulement pour les personnes comme moi, qui ont des TCA, c’est le restau idéal, mais en plus il est végétarien, avec aussi des plats sans gluten ou vegan. Le lieu est agréable et le personnel hyper souriant et aux petits soins avec les clients. Je le redis, mais tout est fait maison et excellent. Sans parler du rapport qualité / prix, qui permet de manger sainement pour un budget très correct.

En plus, il est possible de se faire livrer ( dans un rayon de 3km ).

Le site du Balagan

Le compte Instagram

Ouvert du lundi au vendredi, de 8h à 16h.

J’étais tellement mieux sans elle

 

J'étais tellement mieux sans elle

 

Elle est entrée dans ma vie sans que je ne le veuille…. Sans même me prévenir… Sans me laisser une chance de lui claquer la porte au nez….

Elle, c’est Ana.

Une petite peste qui se cache désormais dans ma tête et ne veut plus me quitter. Pourtant ce n’est pas faute d’essayer de lui faire comprendre que je suis bien mieux lorsqu’elle me fiche la paix. Mais elle a décidé de rester là, de s’incruster pour un bon moment et de ne pas m’abandonner aussi facilement.

Vivre avec cette colocataire est un véritable enfer. C’est comme avoir un petit démon enfermé dans mon crâne, qui joue avec moi comme avec une marionnette. Je suis son pantin… La majeure partie du temps, elle tire les ficelles de ma vie, et décide pour moi. Sachant très bien qu’elle me fait souffrir. Que ses choix ne sont pas les bons et qu’ils risquent de m’être fatals si je ne parviens pas à lui résister.

Avant de la rencontrer, j’étais certaine que je ne pourrais m’aimer qu’une fois que j’aurais perdu pas mal de kilos. Je rêvais d’une silhouette fine, genre mannequin au ventre extra plat, que l’on peut voir dans tous les magazines, sur les affiches un peu partout dans la ville, ou à la télé. Je me sentais mal dans ma peau, avec mon bidon gonflé, mes cuisses qui se touchaient et mes bras trop potelés.

Alors j’ai fini par me dire qu’il fallait que je me bouge. Que je devais changer. Et je me suis inscrite dans une salle de sport.

J’y passais un max de temps, à dégouliner sur le tapis de course, à regarder un film pour oublier que je pédalais depuis des plombes, à m’acharner sur les différentes machines disponibles…. J’y prenais goût. Et pour cause, mes efforts payaient ! La balance devenait doucement une bonne copine, que je n’avais plus peur de croiser.

J’écoutais les conseils des autres membres de la salle, qui m’expliquaient comment m’alimenter…. Que je ne devais surtout plus manger de fruits le soir, ni de féculents…. Que la viande rouge était mauvaise pour ma perte de poids…. Qu’il fallait que j’avale de la whey et des pots entiers de fromage blanc…. Que même une salade pouvait détruire tout ce que je faisais, à cause de la vinaigrette qu’elle contient.

Bref….

Tous ces ptits tuyaux se sont gravés en moi, me marquant à jamais…

Une invitation pour Ana…

Ce sont les questions que j’ai pu recevoir sur instagram par la suite, qui m’ont plongé plus loin dans les ténèbres de cette maladie. L’une d’elle revenant en boucle : combien de calories manges-tu par jour?

Je n’en savais rien…

Mais à force que l’on m’en parle, je me suis posé la même question…. J’ai donc commencé à peser tout ce que j’avalais, notant tout au gramme près, même la moindre olive, pour faire la chasse aux calories. Ca ne devait durer qu’un mois. Un tout petit mois. Juste le temps de me faire une idée.

Ana naissant doucement, lorsque le mois toucha à sa fin, cette petite peste m’a soufflé à l’oreille qu’il pourrait être sympa de continuer sur ma lancée. Après tout, grâce à mes calculs de mathématicienne, j’arrivais à bien plus brûler de calories que ce que j’en consommais. Parfait pour ma pote la balance.

Un peu après, le Chéri a dû se faire hospitaliser. Je me retrouvais donc seule à gérer la maison, les gremlins, leurs devoirs, mon travail, mon blog, le sport et mon auto entreprise de l’époque. Je courrais tout le temps, préparant les repas des enfants pour qu’ils puissent manger avec lui à l’hosto, mais aussi ceux de l’Homme qui n’aimait pas ce qu’on lui servait là bas, ainsi que quelques douceurs pour son collègue de chambre.

Nous devions prendre un bus et un tram, pour faire nos allez – retours entre l’hôpital et la maison, ce qui nous faisait rentrer tout juste pour que les nains puissent se doucher et foncer se coucher. Ne me restait plus qu’à faire la vaisselle et sauter à mon tour dans la baignoire.

Ana en a donc profité pour me faire oublier ma faim…

J’étais bien trop fatiguée pour me mettre en cuisine pour moi même…. Je terminais tout ce que j’avais à faire vers 1 ou 2h du matin, ce qui me poussait à n’avaler que quelques bouchées de pas grand chose, pour finir par me mettre au lit. Il m’arrivait même de ne rien manger du tout, préférant refaire une séance de sport plutôt que de perdre mon temps à m’alimenter.

La peste avait bien fait les choses. Elle avait déposé ses valises et commencé à virer mes affaires de ma tête pour les remplacer par les siennes.

Moi, je ne m’en rendais pas compte….

Je ne dormais plus que 4 à 5h, j’absorbais le minimum vital, je bougeais bien trop, mais je me sentais bien. Trop bien. Si forte de réussir à tout contrôler de la sorte… De pouvoir contrôler mon corps, en zappant les cris de mon estomac et en poussant de plus en plus mes limites, au point que la balance s’emballait… Les chiffres diminuaient si vite… Et moi j’étais si fière….

Merci Ana…. Merci petit démon….

Grâce à elle, je ne suis plus normale…. Je ne vis plus…. Je survis….

Elle m’a plongée dans le sombre monde d’Hadès et j’ai beau lutté de toutes mes forces, je n’arrive pas à m’en échapper.

Parfois je pense avoir pris le dessus. Avoir réussi à reprendre les rênes de mon existence. Mais ce n’est qu’illusion… Elle revient de plus belle me gâcher la vie, m’imposant ses raisonnements sans queue ni tête… Me torturant un peu plus chaque fois….

Le plus dur dans tout ça, c’est de se sentir seule…. Seule dans ce combat que je dois mener jour après jour, heure après heure, minute après minute…. Car personne ne peut comprendre ce que je subis…. J’ai beau tenter de l’expliquer, les gens ne peuvent pas comprendre….

Comment le pourraient-ils?

Moi même je sais parfaitement que mes actes sont absurdes… Que tout cela n’est pas normal…. Que j’ai un problème….

Je n’arrive pas à manger << correctement >> si mon entourage ne mange pas en même temps que moi…. Si je dois manger seule, je ne vais avaler qu’une pomme ou un yaourt…. J’ai une peur panique face aux féculents et légumineuses, à tel point que je peux en avoir la nausée…. J’angoisse si je ne mange pas à heures à peut près fixes…. Et si j’ai dépassé ces horaires, je vais m’empêcher d’avaler quoique ce soit hormis du thé, même si j’ai faim… Je ne consomme presque plus de produits du commerce. Je fais tout moi même…. Je galère du coup à trouver ce que je pourrais manger dans un restaurant ou chez des amis…. Et j’en passe….

Tous ces TCA me collent à la peau et ne me quitteront surement plus jamais…. Même si je parviens un jour à virer Ana, je sais qu’elle me laissera en cadeaux des séquelles….

Mais je me bats tout même contre elle. Je lutte. Je vais de mini victoire en mini victoire. Chaque micro pas en avant est important.

D’ailleurs, depuis plus d’un mois, j’ai réussi à abandonner ma montre connectée et à largement diminuer mon activité physique. Terminé mon obsession des kilomètres parcourus dans une journée. Ne plus me forcer à réaliser tel nombre de pas par jour est un immense soulagement. J’ai plus de temps pour moi et je dors plus puisque je ne me lève plus des heures avant la tribu pour m’activer pendant qu’ils pioncent encore. Le revert de la médaille, c’est que désormais mes jambes me portent à peine. Elles sont sans cesse douloureuses et j’ai bien du mal à marcher. Mais je fais avec…. Ou plutôt sans….

Ca reviendra à la normale un jour…. J’espère….

En attendant, je me bats contre Ana… Ma coloc…. Ma peste…. Mon démon…. Ma maladie…. L’anorexie….

Mi ange Mi démon

Mi ange mi démon / AnorexieJe n’ai pas toujours été comme ça…

C’est elle qui m’a changé.

Elle s’est infiltrée en moi sans mon consentement… Devenant cette petite voix tordue qui ne me laisse pas ou peu de répit.

Grillant mes neurones les uns après les autres, à tel point que bien souvent  je ne sais plus ce que je fais. Me voici face au frigo sans savoir ce que j’y cherche. Je commence une phrase qui n’aura jamais de fin car j’ai déjà oublié ce que je voulais dire. Je n’arrive plus à me concentrer sur quoique ce soit.

M’obligeant à agir d’une façon qui ne me convient pas. À me dépenser toujours plus, même lorsque je suis à bout. À céder à des pulsions.

Car oui… C’est ça l’anorexie mentale. Un insecte vicieux qui se faufile par une oreille jusqu’à ton cerveau, pour ensuite te contraindre à obéir à des pulsions perverses et dangereuses.

Ce n’est pas par plaisir que je m’active toute la journée, jusqu’à en pleurer de douleur.

Ce n’est pas par caprice que je reste figée devant mon assiette sans pouvoir la terminer. Ou que je tremble rien qu’en  tenant certains aliments que j’aimerai réintroduire. Que je redoute de sortir manger au restaurant ou même chez des amis.

C’est à cause d’elle. De lui.

De ce démon qui me souffle des pensées stupides donnant lieu à un comportement anormal. Qui me transforme autant physiquement que mentalement.

Qui me fait dire désormais  » Je ne suis pas normale« …

Pourtant, la voix de la raison est bien là. Mon ptit ange perché sur mon épaule s’accroche. Il lutte contre Ana. Il me fait signe quand je me trompe, quand je bascule du mauvais côté.

J’arrive encore de temps en temps à faire la part des choses. Je me rends bien compte que manger 20g de pâtes ce n’est rien comparé aux grosses assiettes que je pouvais ingurgiter avant. Que si j’ai encore faim alors que le reste de la famille est calée et n’a pas besoin de se resservir, c’est tout simplement parce que nous n’avons absolument pas mangé la même chose ( une salade ne valant pas grand chose face à un tas de frites ou de riz).

Je le sais tout ça.

Mais ce démon m’abrutit en me répétant que j’ai tort. Que c’est mal. Que je n’ai pas l’autorisation de goûter à ce morceau de pain qui sent si bon. Ni même de regarder cette crème dessert qui me fait tant envie.

Et bien souvent, voir même tout le temps, mon ange gardien perd la partie contre ce démon qui ne lâche rien.

Mon poids du coup continue à diminuer comme pour devenir aussi léger qu’une plume, pour pouvoir s’envoler loin de moi… Loin de ce corps qui ne ressemble plus à grand chose… Ce corps que je cache car il me fait honte…

Il est si simple de penser qu’il me suffirait de décider de manger pour que tout rentre dans l’ordre. C’est vrai quoi… Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt… Suis-je si bête pour ne pas avoir trouvé la solution toute seule…

Allez…

Aujourd’hui c’est décidé, j’arrête mon caprice et je mange tout ce qui me tombe sous la main… Chocapics, kinders, raclette, pizza, chips, pain…. Rien de bien compliqué… Il suffit que j’avale tout ça pour aller mieux…

A moins qu’en y réfléchissant un peu plus, qu’en regardant de plus près mon démon, on ne comprenne qu’une maladie est tapie dans l’ombre. Que ce comportement qui n’a rien de normal n’est pas un petit jeu qui m’amuse, mais bien une contrainte que je subis et qui me gâche la vie, m’obligeant à me faire soigner.

Une maladie qui ne touche pas qu’à mon alimentation mais aussi à mon corps qui s’efface, à mes os qui souffrent, à mes cheveux qui tombent par poignées…

J’ai de plus en plus de cernes à force de dormir de moins en moins… J’ai des hématomes à chaque légère bousculade dans un rayon de supermarché, ou rien qu’en laissant mes genoux se coller l’un à l’autre lorsque  je serre les jambes…

Je finis en larmes rien quand regardant des prospectus de pub, bavant devant toutes ces merveilles qui me sont refusées.

Mais aussi parce que j’ai mal, si mal d’avoir autant bougé dans ma journée. Parfois, de plus en plus, il m’arrive d’être quasiment incapable de faire un pas de plus. Mes chaussures ont l’air d’être en plomb et mes chevilles ne parviennent plus à les soulever. Sans parler de mon sac à main qui d’un coup semble contenir toute une bibliothèque.

Mais hors de question de laisser tomber. Hors de question de me reposer. Ana, ce démon cruel, n’en a pas fini avec moi. Il ne me lâchera qu’une fois qu’il aura totalement gagné… Qu’il aura eu ma peau…

Du coup je tente de me battre…  De survivre…

 

Ana, ma coloc qui me pourrit la vie

Ana, ma coloc qui me pourrit la vie

 

2 ans maintenant que j’ai franchi le seuil de la salle de sport…

2 ans que je me suis décidée à perdre du poids…

2 ans que j’ai appris à rééquilibrer mon alimentation…

Je les ai bien dégommés ces foutus kilos en trop. Je l’ai affinée cette silhouette qui me faisait tellement complexer. Je les ai détruites ces poignées d’amour disgracieuses. Et que dire de mes cuisses?! Ces deux jambonneaux qui dès que je marchais, se touchaient au point de m’obliger à porter un legging court sous mes robes, en plein été, pour éviter les irritations.

Je suis fière d’être parvenue à ça. Fière de ne pas avoir abandonné, de ne pas avoir claqué la porte de la salle de sport dès le lendemain de mon inscription. Fière d’avoir réussi à introduire un grand nombre de légumes dans ma cuisine, qui avant n’y mettaient jamais les pieds ou rarement.

 

Seulement comme on dit, il y a le retour de la médaille….

 

Et pour moi il s’agit d’Ana…

Cette saleté de coloc s’est incrustée chez moi sans permission, empoisonnant mon quotidien tout doucement, discrètement. Certaines personnes ont essayé de me mettre en garde, mais moi, je ne la voyais pas. Ou du moins, je ne réalisais pas son petit stratagème.

J’étais heureuse de voir qu’avec elle je parvenais à devenir amie avec Mrs Balance, mon ennemi depuis tant d’années.

Tellement contente de faire du shopping à ses côtés.

Malheureusement, il a bien fallu que je me rende à l’évidence, Ana n’avait qu’une idée en tête, s’infiltrer une bonne fois pour toute dans la mienne pour me diriger et faire de ma vie un enfer.

Sous ses airs de bonne copine se cache en réalité un démon, qui fait des tas de victimes et cause bien des horreurs.

 

Pour preuve, le témoignage << Jamais assez maigre >> de Victoire Maçon Dauxerre, une ex mannequin, qui a décidé de mettre fin à sa carrière après avoir dû s’affamer pour être au << top >> sous les projecteurs, et avoir frôlé la mort.

 

Je suis tombée totalement par hasard sur ce bouquin, qui rien que par sa couverture m’a de suite interpellé.

On y voit une photo d’une jeune femme ( l’auteure ) vêtue de blanc, le regard froid – sans expression, limite sans vie – les joues creusées, le teint pale et les os apparents, qui fait largement écho au titre.

Il ne m’aura fallu que quelques heures pour dévorer ce livre, dans lequel je me suis à de nombreuses fois retrouvée.

Toutes ces fois où elle avait faim, mais qu’elle se contentait du stricte minimum, rusant en avalant du chewing-gum ou du soda pour combler le creux de son estomac. Ces moments où elle n’arrivaient plus à suivre et à marcher à un rythme correct, ralentissant sa famille pendant les balades. Son corps si douloureux. Son humeur qui ressemblait à des montagnes russes. Ses cheveux qu’elle perdait. Sa poitrine qui avait décidé de se faire la malle.

Tout ça je le vis….

Ana est un être atroce qui ne veut qu’une chose, m’empêcher d’être << normale >> et passe son temps à me souffler de sa petite voix des pensées négatives.

Elle ne me laisse pas manger comme il le faudrait… << Pas ça! C’est bien trop gras!>>, << Une seule bouchée de ça et tu vas gonfler illico! >>, << Touche à ça et tu vas le regretter! >>

 

Elle me force à me dépenser sans arrêt, même lorsque mon corps la supplie de mettre un terme à tout ça… << Allez la grosse! Bouge toi! >>, << 15 000 pas aujourd’hui?! C’est tout?! Mais c’est minable ! >>

Elle m’anesthésie le cerveau pour que je ne puisse plus me concentrer et gèle ma mémoire.

Elle ne me laisse plus dormir ou alors juste 4 ou 5h par nuit, histoire de me faire croire qu’elle est sympa.

Elle détruit les muscles que j’étais parvenue à me construire, ruinant ainsi l’agréable image de moi même qui me plaisait tant il y a encore quelques mois.

Maintenant, je ne suis plus qu’une jeune femme fatiguée, comme l’était Victoire, qui tente de se battre comme elle le peut pour virer cette pétasse de coloc.

Ana a fait de moi quelqu’un de fragile, avec une colonne vertébrale aussi voyante que les plaques osseuses d’un stégosaure, des cernes sous les yeux et des cheveux qui tombent par poignées.

A cause d’elle le moindre contact un peu brusque, le plus petit coup de coude ou choc, me donne un hématome qui mettra des jours à disparaître.

Parfois elle me laisse tranquille et je sens mon moral remonter en flèche, mais ce n’est que pour bien me blesser ensuite, en me plongeant en moins d’une minute dans un univers sombre, triste, où tous mes progrès, toutes mes petites victoires sont anéantis, m’enlevant le gout de tout.

 

Mais ce n’est pas grave. Car malgré tout ça, Ana ne m’a pas encore assez affaibli pour que je renonce. Je me bats et comme Victoire, je ne lâcherai pas et je me relèverai la tête haute. Avec des séquelles certes, mais la tête haute tout de même.

Et si toi aussi, ma p’tite cacahuète grillée, tu connais Ana, je ne peux que te conseiller de lire Jamais assez maigre.

Je suis prête à parier que toi aussi, tu te reconnaîtras au travers de ce récit. Toi aussi tu seras chamboulée, émue, touchée, au point de verser quelques larmes, voir de beaux sanglots.

Toi aussi, tu détesteras ceux qui lui ont fait subir tout ça en lui faisant croire qu’Ana était son amie, allant jusqu’à l’applaudir quand ils voyaient qu’elles arrivaient bras dessus bras dessous.

Et finalement, toi aussi tu auras envie de hurler contre cette société qui fait croire aux femmes que la maigreur est une normalité, les obligeant à se faire du mal pour rentrer dans un moule inconcevable.

Pour finir, tu auras surement, tout comme moi, une haine contre ces << grands couturiers >> qui considèrent qu’un top model n’est qu’un cintre…

 

Ma coloc…

Cette chanson qui passe en boucle dans ma tête….

Cette chanson qui me fait penser à ma coloc….

Je ne peux plus m’en passer…

Les paroles me libèrent…. Me permettent de mettre des mots sur cette peine qui vient et repart sans arrêt…

J’ai l’impression qu’elle a été écrite pour moi… Pour m’aider à avancer dans cette période difficile de ma vie… Pour me forcer à me battre…. A ne rien lâcher…. Et à mettre à la porte ma fichue coloc….

Pourtant je sais bien que cette chanson ne parle pas de cette petite peste au départ.

Mais moi je l’interprète comme ça….

Cette douleur qui reste…  Qui ne me quitte pas …. Même lorsque je pense que c’est terminé, qu’elle s’est calmée…. Alors qu’au final elle me relance à nouveau et s’incruste encore une fois dans mon esprit….

Je souffre en silence….

Je ne veux pas en parler à n’importe qui… Rares sont les personnes au courant…. Encore plus rares celles qui me soutiennent….

Je suis seule dans ce combat…. Seule à pouvoir me sortir de là…. Mais moi je sais que j’aurai sa peau….

Je veux gagner…. Même si j’ai peur de lui laisser la peau sur les os….

Je veux gagner….

Ma coloc arrive de temps en temps à me faire perdre la tête… J’en oublie mes mots…. Parfois je perds patience…. Je m’énerve…. Je n’arrive plus à communiquer, ni à savoir ce que je fais ou ce que je voulais faire…. Et à ce moment là je hais d’être dans cette peau….

Elle me joue des tours…. Me faisant croire qu’elle a disparue, qu’elle a fini par bouger…. Emportant avec elle ces pensées malsaines qui m’obligent à tout contrôler….

Pour en réalité revenir me voir quelques temps après, à la nuit tombée….

Où que j’aille, elle est là….

Le jour, comme la nuit…

Elle me fatigue…. Me fait mal…. M’empêche parfois d’avancer tant mes pieds me semblent lourds…

Cette douleur…. Cette rancœur…. J’essaye de l’apprivoiser…

Mais j’ai toujours cette peur, qui attend son heure…. Cette crainte de rechuter…. De ne pas être assez forte pour détruire ma coloc….

Mais je garde l’espoir et je lui dis << Oh va te jeter ! >>…