Ana, ma coloc qui me pourrit la vie

Ana, ma coloc qui me pourrit la vie

 

2 ans maintenant que j’ai franchi le seuil de la salle de sport…

2 ans que je me suis décidée à perdre du poids…

2 ans que j’ai appris à rééquilibrer mon alimentation…

Je les ai bien dégommés ces foutus kilos en trop. Je l’ai affinée cette silhouette qui me faisait tellement complexer. Je les ai détruites ces poignées d’amour disgracieuses. Et que dire de mes cuisses?! Ces deux jambonneaux qui dès que je marchais, se touchaient au point de m’obliger à porter un legging court sous mes robes, en plein été, pour éviter les irritations.

Je suis fière d’être parvenue à ça. Fière de ne pas avoir abandonné, de ne pas avoir claqué la porte de la salle de sport dès le lendemain de mon inscription. Fière d’avoir réussi à introduire un grand nombre de légumes dans ma cuisine, qui avant n’y mettaient jamais les pieds ou rarement.

 

Seulement comme on dit, il y a le retour de la médaille….

 

Et pour moi il s’agit d’Ana…

Cette saleté de coloc s’est incrustée chez moi sans permission, empoisonnant mon quotidien tout doucement, discrètement. Certaines personnes ont essayé de me mettre en garde, mais moi, je ne la voyais pas. Ou du moins, je ne réalisais pas son petit stratagème.

J’étais heureuse de voir qu’avec elle je parvenais à devenir amie avec Mrs Balance, mon ennemi depuis tant d’années.

Tellement contente de faire du shopping à ses côtés.

Malheureusement, il a bien fallu que je me rende à l’évidence, Ana n’avait qu’une idée en tête, s’infiltrer une bonne fois pour toute dans la mienne pour me diriger et faire de ma vie un enfer.

Sous ses airs de bonne copine se cache en réalité un démon, qui fait des tas de victimes et cause bien des horreurs.

 

Pour preuve, le témoignage << Jamais assez maigre >> de Victoire Maçon Dauxerre, une ex mannequin, qui a décidé de mettre fin à sa carrière après avoir dû s’affamer pour être au << top >> sous les projecteurs, et avoir frôlé la mort.

 

Je suis tombée totalement par hasard sur ce bouquin, qui rien que par sa couverture m’a de suite interpellé.

On y voit une photo d’une jeune femme ( l’auteure ) vêtue de blanc, le regard froid – sans expression, limite sans vie – les joues creusées, le teint pale et les os apparents, qui fait largement écho au titre.

Il ne m’aura fallu que quelques heures pour dévorer ce livre, dans lequel je me suis à de nombreuses fois retrouvée.

Toutes ces fois où elle avait faim, mais qu’elle se contentait du stricte minimum, rusant en avalant du chewing-gum ou du soda pour combler le creux de son estomac. Ces moments où elle n’arrivaient plus à suivre et à marcher à un rythme correct, ralentissant sa famille pendant les balades. Son corps si douloureux. Son humeur qui ressemblait à des montagnes russes. Ses cheveux qu’elle perdait. Sa poitrine qui avait décidé de se faire la malle.

Tout ça je le vis….

Ana est un être atroce qui ne veut qu’une chose, m’empêcher d’être << normale >> et passe son temps à me souffler de sa petite voix des pensées négatives.

Elle ne me laisse pas manger comme il le faudrait… << Pas ça! C’est bien trop gras!>>, << Une seule bouchée de ça et tu vas gonfler illico! >>, << Touche à ça et tu vas le regretter! >>

 

Elle me force à me dépenser sans arrêt, même lorsque mon corps la supplie de mettre un terme à tout ça… << Allez la grosse! Bouge toi! >>, << 15 000 pas aujourd’hui?! C’est tout?! Mais c’est minable ! >>

Elle m’anesthésie le cerveau pour que je ne puisse plus me concentrer et gèle ma mémoire.

Elle ne me laisse plus dormir ou alors juste 4 ou 5h par nuit, histoire de me faire croire qu’elle est sympa.

Elle détruit les muscles que j’étais parvenue à me construire, ruinant ainsi l’agréable image de moi même qui me plaisait tant il y a encore quelques mois.

Maintenant, je ne suis plus qu’une jeune femme fatiguée, comme l’était Victoire, qui tente de se battre comme elle le peut pour virer cette pétasse de coloc.

Ana a fait de moi quelqu’un de fragile, avec une colonne vertébrale aussi voyante que les plaques osseuses d’un stégosaure, des cernes sous les yeux et des cheveux qui tombent par poignées.

A cause d’elle le moindre contact un peu brusque, le plus petit coup de coude ou choc, me donne un hématome qui mettra des jours à disparaître.

Parfois elle me laisse tranquille et je sens mon moral remonter en flèche, mais ce n’est que pour bien me blesser ensuite, en me plongeant en moins d’une minute dans un univers sombre, triste, où tous mes progrès, toutes mes petites victoires sont anéantis, m’enlevant le gout de tout.

 

Mais ce n’est pas grave. Car malgré tout ça, Ana ne m’a pas encore assez affaibli pour que je renonce. Je me bats et comme Victoire, je ne lâcherai pas et je me relèverai la tête haute. Avec des séquelles certes, mais la tête haute tout de même.

Et si toi aussi, ma p’tite cacahuète grillée, tu connais Ana, je ne peux que te conseiller de lire Jamais assez maigre.

Je suis prête à parier que toi aussi, tu te reconnaîtras au travers de ce récit. Toi aussi tu seras chamboulée, émue, touchée, au point de verser quelques larmes, voir de beaux sanglots.

Toi aussi, tu détesteras ceux qui lui ont fait subir tout ça en lui faisant croire qu’Ana était son amie, allant jusqu’à l’applaudir quand ils voyaient qu’elles arrivaient bras dessus bras dessous.

Et finalement, toi aussi tu auras envie de hurler contre cette société qui fait croire aux femmes que la maigreur est une normalité, les obligeant à se faire du mal pour rentrer dans un moule inconcevable.

Pour finir, tu auras surement, tout comme moi, une haine contre ces << grands couturiers >> qui considèrent qu’un top model n’est qu’un cintre…

 

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